Premier motif de satisfaction pour le patron de la SNCF, la régularité des trains qui en 2011 a progressé dans une fourchette de "0,5 à un peu plus de 2 points". Le détail est le suivant : 1,3% pour les Intercités, 2,2 pour les TER, 1,9 pour les TGV, 1,2  pour le Transilien, 0,5 pour le fret.

Les progrès sont également sensibles sur les 12 lignes TER décrétées "malades" par la SNCF (du RER A et D en Ile-de-France au TGV Paris-Tours en passant par Nîmes-Perpignan et tous les trains de nuit), car "3 à 7 points ont été gagnés".
En revanche, deux points noirs importants subsistent sur des axes très fréquentés, reconnaît Guillaume Pepy, patron de la compagnie ferroviaire : la ligne D du RER et l'étoile lyonnaise du TER, où des grèves tournantes d'agents SNCF empoisonnent l'existence des usagers et tendent les relations avec l'autorité organisatrice, la région Rhône-Alpes.

Autre indicateur en progrès sur le tableau de bord de la SNCF, les recettes commerciales ont progressé "de 5,4% en 2011", soit davantage que la hausse des tarifs qui avait été appliquée début 2011. En voici la ventilation : + 7,7% pour le TER, 6,5 % pour le TGV, un peu moins de 4% pour le Transilien, 1,5% pour le fret et 1% pour les Intercités. 


Moins de grèves en 2011

Sur le plan social, Guillaume Pepy souligne que "2011 a été l'année où le nombre de jours de grève a été le plus faible depuis 2002". Et cela explique sans doute en grande partie la réussite, sur le plan technique, du passage aux nouveaux horaires, le 11 décembre, les syndicats ayant joué le jeu pour ne pas affaiblir l'entreprise confrontée à des enjeux importants (lire l'encadré ci-dessous).

Marquée par l'extension du cadencement et menée avec le pilotage de Réseau ferré de France (RFF), l'opération n'a pas été le big bang redouté, alors qu'au printemps 2011, l'exploitant ferroviaire plaidait de toutes ses forces pour une modification d'horaires a minima.

Toutefois, sur ce sujet qui constitue un enjeu de pouvoir entre l'opérateur ferroviaire historique et le gestionnaire du réseau, la SNCF veut garder la main. "Il faut déjà penser aux changements d'hiver de fin 2011 et veiller à ce que cela se passe bien", considère Guillaume Pepy.
Il a annoncé un retour d'expérience avec le lancement d'une enquête d'opinion, pour savoir ce que "les élus nous reprochent ou pas" sur les horaires en cours.


Crispation autour de la gouvernance du rail

Sur les Assises du ferroviaire caractérisées par une puissante lutte d'influence entre RFF et la SNCF et au final par l'absence de solution consensuelle sur l'évolution de la gouvernance, le président de la SNCF ne s'est pas montré très prolixe. Peut-être parce que sa ministre de tutelle, Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM),  a rejeté la solution d'une "réunification autour d'une SNCF pivot" prônée par la présidente de la commission chargée du sujet Veronique Morali (lire).
Tout reste donc à faire pour aboutir à la réunification, seul point qui fasse l'unanimité. Mais dans quel sens ?

En off, aussi bien à la SNCF qu'à RFF, on considère l'échéance fixée par la ministre de l'Ecologie peu réaliste et qu'en tout état de cause, rien ne sera décidé avant les élections présidentielles. NKM a demandé à la DGITM et aux présidents des deux établissements publics d'aboutir en mars 2012 à un schéma de gouvernance compatible avec la vision de Bruxelles.

Dans les mois à venir, les tensions risquent donc de continuer au sommet du système ferroviaire car chacun campe sur des positions tranchées. En off, les dirigeants de la SNCF considèrent comme impensable un passage de SNCF Infra sous l'égide de RFF, l'actuel gestionnaire du réseau ferré, car les cheminots ne l'accepteraient pas et empêcheraient, en retour, toute négociation d'une convention collective du ferroviaire voyageurs alors que l'ouverture à la concurrence des trains Intercités est programmée pour 2014.

RFF qui plaide pour un gestionnaire de réseau autonome par rapport à la SNCF souligne que dans l'immédiat, la ministre a demandé que la Direction de circulation ferroviaire soit rapprochée de RFF.

Pour finir, Guillaume Pepy s'est réjoui des succès de développement de Keolis et de son internationalisation, ce au moment ou son rival français Veolia-Transdev est en pleine incertitude avec le projet de Veolia Environnement de vendre sa participation (lire).

Marc Fressoz