Le tribunal administratif de Lille a rejeté le 21 juin 2012 le recours en référé précontractuel de Siemens. Peu coutumier des procédures, le constructeur de métro allemand avait jugé opportun de saisir la justice fin mai afin de contester le choix de la Communauté urbaine de Lille Métropole au sujet de la fourniture de 27 nouvelles rames de métro automatiques pour son réseau  à partir de 2015 (lire notre précédent article).

Les élus avaient préféré Alstom pour son offre à 266,4 millions, 11 millions d’euros plus chère que celle de Siemens. Bombardier quant à lui, avait été écarté de la phase finale de la compétition en raison de son prix jugé démesurément bas.


Suite de la bataille juridique

Les élus nordistes vont-ils à présent parapher définitivement le contrat d’achat avec Alstom ? Questionnée vendredi 22 juin, la Communauté urbaine présidée par la maire de Lille Martine Aubry ne nous avait pas répondu le 25 juin au matin, comme son service de communication s’y était engagé.

Il se pourrait que la bataille devant les tribunaux se poursuive. Au siège de Siemens France, l’industriel indique "prendre acte de la décision du juge et se réserve au vu du dossier, la possibilité d’engager toute nouvelle forme d’action", sans plus de commentaire. Appel, référé en plein contentieux ?

Comme l’expliquait récemment le président de Siemens France, Christophe de Maistre au Figaro, l’industriel cherche à faire la lumière sur les critères de choix utilisés par les élus. Ces derniers n’ont fait émerger l’offre d’Alstom que d’une courte tête, avec 2,5 points d’avance dans une notation sur 100.

Une partie du voile est levé

Il semble que le recours des Siemens ait permis de lever une partie du voile. Le juge administratif a obtenu transmission de la part des élus de Lille Métropole d’une partie des motivations de leur choix.

L’appel d’offre de l’extension du métro de Lille se jouait sur trois critères de notation : l’esthétique des rames, leur prix (1/3 de la note) et les éléments techniques. "Or, sur ce dernier point, Siemens aimerait en savoir davantage", indique un observateur proche du dossier.

Le marché lancé par Lille Métropole ne porte pas que sur la simple fourniture de matériel roulant. Il prévoit aussi l’allongement des rames de 26 à 52 mètres et le changement de système de gestion, le tout sans perturber l’exploitation commerciale.

Dans ce domaine, Siemens jouit de quelques longueurs d’avance sur Alstom. L’Allemand, dont le centre de compétence pour les métros automatiques est implanté à Lille (lire l'article sur ce sujet), a réalisé diverses extensions, à Turin, Barcelone, Sao Paulo, à Roissy  la nouvelle ligne de Val est inaugurée fin juin 2012) et il procède à l’automatisation de la ligne 1 du métro de la RATP (lire).  

Lille Métropole et la commission transport dont le premier vice président est Eric Quiquet aurait peut-être intérêt à jouer la transparence pour faire taire l’idée que la sélection d’Alstom résulterait d’abord d’un choix politique.

Marc Fressoz