Au moment où le constructeur allemand s’interroge sur les conditions dans lesquelles le marché du métro de Lille semble lui avoir échappé au profit d’Alstom (lire), le porte-drapeau de la construction ferroviaire français a fait part le 28 juin 2012 d’un nouveau succès outre-Rhin.

Alstom vient en effet de signer avec la Deutsche Bahn (DB) la confirmation d'un contrat de 160 millions d’euros pour la livraison de 38 rames Coradia diesel supplémentaires destinées au sud-ouest du pays (dans les Länder de Rhénanie Palatinat, Hesse et Bade Wurtemberg).

"Cette commande comprend d’une part 14 rames de 112 sièges correspondant à l’accord-cadre signé en 2008 avec la DB et d’autre part, 24 rames de 160 sièges correspondant à la levée d’option d’un contrat signé en 2011", détaille le groupe.

2,5 milliards de commandes en Allmemagne depuis 2007Ce n’est donc pas le premier contrat d’Alstom – notamment pour son train Coradia - qui a profité du renouveau du rail allemand boosté par la concurrence et par la multiplicité d’opérateurs ferroviaires. Il fournit aussi bien la DB, que Veolia ou des entreprises plus locales comme LNVG, HLB, Hamburger Hochbahn AG, Benex etc.

Selon un chiffrage établi par ses principaux concurrents, depuis 2007, Alstom aurait engrangé quelque 2,5 milliard d’euros de commandes dans le transport ferroviaire de voyageurs. Comme il a parfois répondu dans le cadre d’association avec Bombardier ou Vossloh, la part qui lui revient en propre serait de plus de 1,6 milliard d’euros sur la période. Soit un honorable volume d’affaires annuel moyen de plus de 320 millions d’euros dans le transport ferroviaire de voyageurs allemand.

Alstom Transport signale avoir réalisé outre Rhin un chiffre d’affaires global de 600 millions d’euros sur l’exercice 2011-2012 toutes activités de transport confondues. Et il revendique avec son Coradia Lint – 650 rames vendues en 15 ans - 70 % du marché des rames diesel sur les 10 dernières années.

Bref de quoi rendre jaloux son concurrent qui aimerait que par réciproque, le marché français dominé par la SNCF soit plus ouvert. On se souvient en effet du pyschodrame politico-industriel – alimenté par le patron d’Alstom Patrick Kron –qu’avait engendré l’achat par Eurostar, filiale de la SNCF, de rames à grande vitesse Siemens (lire ci-contre "Sur le même sujet").  Site de production in situ

Il faut dire qu’Alstom a un argument à faire valoir auprès des donneurs d’ordre allemands : il possède un important site de production en Basse Saxe, à Salzgitter, qui usine les rames Coradia, et pourvoit environ 2 500 emplois. Ce que Siemens ne peut pas mettre autant en avant.

A l’évidence, la stratégie d’implantation industrielle choisie par Bombardier en France – à Crespin - est plus payante. Le Canadien fournit la SNCF en TER et RER ainsi que la RATP, et le 29 juin 2012, il a obtenu de quoi alimenter ses chaînes françaises dans le cadre d’une levée d’option annoncée par le Syndicat des tranbsports d'Ile-de-France (STIF) et la RATP pour la fourniture de 210 voitures à deux niveaux MI09 destinées à la ligne A du RER (lire "Le RER A prend de la hauteur"). Bombardier associé à Alstom assure un tiers de ce contrat-là.

Marc Fressoz