La pilule ne passe pas. Le constructeur du premier Val (1) qui équipe le métro de Lille depuis 1983 veut des explications sur le choix d'Alstom pour le marché de modernisation du matériel roulant de la ligne 1 :  27 rames d'un montant de 266,4 millions que lui a soufflé Alstom en mai 2012, avec une offre onze millions d'euros plus chère.
Considérant ne pas les avoir obtenues ces explications - son premier recours déposé en mai 2012 a été rejeté en juin (lire "Siemens perd une première manche") - Siemens a déposé un deuxième recours de plein contentieux le 23 août 2012 contre la Métropole lilloise.

Dans une interview accordée à Hantimes en juillet, Eric Quiquet, premier vice-président de la commission transport de la Métropole de Lille s'était expliqué sur le choix d'Alstom : "Si nous avions voulu prendre le moins cher, nous n’aurions pas choisi Alstom ni Siemens, mais Bombardier", avait alors lancé l'élu (lire l'interview complète). Le constructeur d'origine canadienne qui possède une usine à Crespin (Nord) avait même été écarté en raison de sa proposition à un prix jugé démesurément bas.

Chez Siemens, on "reste surpris par les conditions d'attribution du marché à Alstom pour une offre 11 millions d'euros plus chère  que la nôtre", commente un représentant de la division transport de Siemens France. Nous avons déposé ce nouveau recours pour obtenir des éclaircissements de la part des élus puisque 70% de l'attribution du marché reposent, a-t-on appris, sur des critères techniques, 30% seulement sur le prix", ajoute cette même source. Nous voulons nous assurer qu'ont été respectées les  conditions d'une compétition juste et transparente à l'issue de laquelle la meilleure offre est retenue".


Siemens accusé de pression

De son côté, la maire de Lille et présidente de la Métropole a attaqué Siemens en juin 2012, alléguant des pressions dont elle aurait été victime. En cause, un mail de la vice-présidente de Siemens basée à Berlin envoyé à Jean-Marc Germain, directeur de cabinet de Martine Aubry, la veille de la réunion de la commission d’appel d’offre du 11 mai.
"Il était adressé en copie à des tierces personnes qui, ni de près ni de loin, n’ont participé à la négociation,  nous avait confié Eric Quiquet. Ce mail montrait que le candidat détenait des informations sur son classement qui n’auraient jamais du être en sa possession et il se plaignait des conséquences de notre décision sur l'avenir de Siemens France. Ce qui n’est pas le problème de la communauté urbaine".
"Nous avons toujours répondu de façon claire et honnête à l'appel d'offres de Lille", rétorque le représentant de Siemens France."L'enquête est toujours en cours", selon le procureur de la République de Lille, Frédéric Fèvre, interrogé par l'AFP.


Siemens obtiendra t-il les éclaircissements espérés ? Chez Bombardier, on ne s'interroge plus. Pour l'autre perdant du marché lillois, "C'est clair, le choix du constructeur français par Martine Aubry est purement politique. C'est la préférence nationale qui l'a emporté, quel que soit le prix", commente Jean Bergé, président de Bombardier France. Recalé lui aussi, le Canadien avait décidé de ne pas faire de recours. "Et de ne plus répondre aux appels d'offres de tramways en France", car ça ne sert à rien, Alstom finit toujours par l'emporter".

Nathalie Arensonas

(1) Le Véhicule automatique léger avait été construit par Matra, racheté par Siemens en 2001.