Même en direct sur smartphone, les travaux du tramway ont du mal à passer à Besançon. Les commerçants sont furieux, les habitants ne savent plus comment traverser le Doubs, et la ville est sans dessus-dessous. Si bien que Jean-Louis Fousseret, maire PS et président de la communauté d'agglomération a décidé d'accélérer la cadence. Il devrait demandé aux équipes de Pascal Gudefin, directeur du projet, de livrer le tramway avec quelques mois d'avance, sans doute fin 2014 .

"Le calendrier initial prévoyait une mise en service en juin 2015, mais l'accessibilité hyper réduite dans notre centre ville historique depuis le début du chantier en janvier 2012, suivi du mécontentement des Bisontins, amènent les élus à revenir sur ce calendrier. Tracer 14 kilomètres et demi de ligne dans des rues d'à peine 12 mètres de large est extrêmement difficile, et les accès piétons sont très contraints. En temps normal, l'accès au centre ville est compliqué, avec les travaux du tram, c'est devenu infernal. La seule solution, c'est d'aller plus vite", reconnaît le directeur du projet.
L'activité économique est ralentie en centre ville, les plaintes des commerçants se multiplient : "La commission d'indemnisation bat son plein, elle versera 400 000 euros aux commerçants lésés", ajoute-t-il.


Mètre par mètre

Alors, pour ne pas alourdir la facture, les entreprises chargées de la maîtrise d'œuvre sont priées de manier la pelleteuse à marche forcée. Concrètement, "Nous allons gérer au mieux les interfaces entre les différents chantiers en désignant une seule entreprise représentante des différentes autres impliquées dans les déviations de réseaux (ERDF, GRDF, opérateurs de téléphonie, des services d'eau), et demander aux concessionnaires de mettre en service des nouveaux réseaux au fur et à mesure de l'avancement des travaux de la ligne et non pas à la fin du chantier", explique Pascal Gudefin.

La pose des rails se fera elle aussi mètre après mètre, "même si tous les travaux ne sont sont pas terminés sur l'intégralité de la rue". Les fronts de chantiers vont être doublés - huit au lieu de quatre - dans le but de de mener la construction du tram par tous les bouts. L'idée est de pouvoir ouvrir des accès progressivement pour réquilibrer la circulation piétonne et automobile dans la ville. "Ce qui ne double pas le nombre d'ouvriers", relève Pascal Gudefin qui assure que le coût du projet ne dérape pas du fait de l'accélération des travaux.


"A coûts constants"

Quant à la formation également accélérée des 120 conducteurs du futur tram - notamment sur simulateurs - elle ne devrait pas coûter un euros de plus, selon le directeur du projet tramway. Car il ne s'agit pas d'augmenter le coût de réalisation du tramway "le moins cher de France" comme aiment à se targuer les élus bisontins. Le "tramway optimisé", pour reprendre l'expression de Jean-Louis Fousseret, devrait coûter 15,7 millions du kilomètre au lieu de 22 en moyenne. Soit, un budget global de 228 millions d'euros (valeur 2008) pour 14,5 kilomètres de ligne, "une économie de 54 millions d'euros", assure l'élu de cette agglomération de taille moyenne qui n'a pas les moyens de se payer les classiques d'Alstom, de Lohr ou Bombardier.

Il s'agit d'un tramway court (24 mètres de long pour 132 passagers au lieu du classique 32 mètres minimum), mais de capacité modulable, portes doubles ou simples, au choix, sans aménagements urbains, paysagers et ouvrages d'art coûteux, un nombre limité de sous-stations électriques, la réutilisation des systèmes d'aide d'information du réseau d'autobus.
"C'est l'efficacité du transport qui compte et c'est l'exploitant qui fait ses choix, en fonction de certains compromis", observe Francis Nakache, directeur de CAF France, le constructeur espagnol qui fabrique les rames dans son usine de Bagnères-de-Bigorre (Hautes Pyrénées).

Il est d'ailleurs prié de livrer ses Urbos 3 plus tôt que prévu : la première rame doit arriver à Besançon le 6 juin 2013 pour parcourir 10 000 kilomètres d'essais, douze autres début 2014. En décembre 2014, nouvelle date de mise en service, les 19 rames commandées à CAF desserviront le Grand Besançon d'est en ouest. "Nous serons prêts, nous devançons de loin les rtavaux d'infrastructures, ce changement de calendrier ne modifie pas notre process de fabrication", assure la patron de CAF.

Jean-Louis Fousseret ne vise tout de même l'échéance de mars 2014, date des prochaines municipales. Le tram bleu ne circulera pas pour les élections mais avec un chantier mené tambour battant, il laissera peut-être moins de mauvais souvenirs aux habitants qui ne glisseront peut-être pas leur sentiment anti-tram au fond des urnes...


Nathalie Arensonas