En 2009, alors que courait déjà la rumeur de la fusion entre Veolia et Transdev, les deux transporteurs français perdaient en même temps à Melbourne, leurs plus gros contrats australiens. Veolia voyait les trains de banlieue (580 millions d'euros par an) lui filer sous le nez, Transdev perdait les 250 kilomètres de tramways qu'il exploitait alors. Double coup dur, premier d'une longue série.

Mais depuis l'annonce de la montée de la Caisse des dépots au capital de Veolia Transdev (VTD), suivi en décembre 2012, de l'arrivée de Jean-Marc Janaillac à la tête du groupe, les choses s'apaisent et la tendance s'inverse.

Symbole de cette nouvelle impulsion, l'Australie une fois encore : pour la seule année 2012, les équipes de VTD y ont engrangé pour plus de deux milliards d'euros de contrats. Le plus emblématique, les ferries de Sydney que VTD a remporté après de longues années d'obstination. Mais aussi plusieurs contrats d'autobus dans divers Etats australiens, et des services de transport de personnel, un nouveau marché boosté par la fièvre minière qui s'est emparée du pays.


Chercher la croissance là où elle se trouve

"Nous allons chercher la croissance là où elle est", explique Francis Angotti, directeur général Asie-Pacifique de VTD. Il y a de quoi faire en Australie : le pays-continent affiche des taux de croissance annuels à faire rêver les Européens empêtrés dans la crise, avec en moyenne + 4% par an et un taux de chômage de 5%.
En 2010, 38% du marché du transport public, estimé à 13 milliards de dollars australiens par an (10 milliards d'euros), étaient ouverts à la concurrence. En 2016 on estime que ce marché atteindra 15 milliards de dollars et que 47% seront libéralisés.

Après la déconvenue de 2009, les équipes de Veolia Transdev se sont remobilisées. Pas question d'abandonner un marché aussi prometteur même s'il est le plus éloigné des bases du groupe. Après deux années de disette et une redéfinition de sa stratégie, le groupe reprend l'offensive. "Nous nous sommes concentrés sur les appels d'offres d'autobus qui se sont multipliés ces dernières années et nous avons fait un quasi sans faute remportant tous les appels d'offres en offensif comme en défensif hormis celui d'Adélaide qui nous a échappé de peu", explique Francis Angotti.


Devenir premier exploitant privé de bus

Dernier marché gagné, le renouvellement en janvier 2013 des contrats d'exploitation de trois réseaux d'autobus autour de Sydney, représentant un chiffre d'affaires de 745 millions de dollars australiens (590 millions d'euros). "Aujourd'hui, nous sommes le troisième opérateur privé de bus urbains en Australie et si nous gagnons l'appel d'offres en cours à Melbourne qui représente 30% du réseau de bus (1,5 milliard d'euros sur dix ans), nous serons le premier", ajoute le directeur régional.

Autre marché en pleine croissance sur lequel VTD s'est positionné, le transport de personnel sur les sites miniers qui fleurissent un peu partout en Australie. Une activité pour laquelle le Français a créé une marque spécifique, "Vivo connect", qui a remporté plusieurs contrats comme celui de Darwin, au nord. VTD y assure le transport des 4 500 salariés d'un site gazier.  (140 millions d'euros sur quatre ans et demi). "C'est un marché très exigeant en matière de qualité de service et de sécurité; nous allons y consacrer beaucoup de moyens", précise Francis Angotti.


Les pieds dans l'eau

Mais le plus gros morceau, c'est le gain en juillet 2012, des ferries de Sydney (photo) qui transportent 14 millions de passagers par an. Véritables icônes de la ville au même titre que l'Opéra, ils ont finalement été mis en concurrence, après des années de tergiversations des différents gouvernements qui se sont succédés à la tête de l'Etat des Nouvelles-Galles du Sud.

En embuscade depuis 2007 et la publication d'un rapport qui préconisait la privatisation de ce réseau, le Français qui exploitait déjà les ferries de Brisbane depuis 1999, a raflé ce marché de 630 millions d'euros sur sept ans, en partenariat à 50/50 avec l'Australien Transfield services.

Du coup, le chiffre d'affaires 2013 de VTD Australasia va atteindre 400 millions d'euros, il aura doublé en trois ans. Et ce n'est pas fini. Outre celui des bus de Melbourne, la filiale va se positionner en 2013 sur les prochains appels d'offres bus autour de Sydney mais aussi à Brisbane, et continuer à développer son activité de transport de personnel.


Une ambition à la taille du pays-continent

A moyen terme, le groupe français sera candidat à l'exploitation des réseaux ferroviaires régionaux de Brisbane Perth et Sydney et des futurs lignes de tramway de Perth et de Sydney. Ce tramway va remplacer une autre icône de la ville, le monorail, exploité par VTD depuis 1999 et qui doit être définitivement démonté en juin 2013.
Mais surtout, le groupe entend revenir par la grande portes dans les tramways de Melbourne : "Nous serons candidats si come nous le pensons le réseau est remis en concurrence à l'horizon 2016 (1). Pour le réseau ferroviaire régional autour de Melbourne, ce sera sans doute plus long, les autorités qui ont décidé d'investir dans la régénération du réseau ne devraient pas le remettre en concurrence à court terme, mais nous restons attentifs", conclue Francis Angotti.

Le 25 mars 2013, Jean-Marc Janaillac dévoilera la nouvelle identité et la nouvelle stratégie de VTD. Pour restaurer sa rentabilité, mise à mal ces dernières années, le groupe français va redéfinir la géographie de ses activités. En engrangeant des contrats ces derniers mois, la filiale australienne a peut-être sauvé sa tête, d'autant que la rentabilité est au rendez-vous.
"En Australie les autorités jouent pleinement le jeu. Echaudées par l'aventure du Britannique National Express qui avait fait faillite à Melbourne en 2004 sur le réseau des tramways et des trains régionaux, elles font très attention à la rentabilité des contrats pour les opérateurs si bien sûr, la qualité est au rendez-vous", se réjouit Francis Angotti.

Robert Viennet (à Sydney)


(1) Le réseau Yarra tram a été attribué en 2009 à Keolis pour sept ans, prolongeable un an ou deux ans.