L'écotaxe poids a décidément bien du mal à voir le jour. Voulue par le Grenelle de l'environnement en 2007, votée en 2009, son application a déjà été reportée plusieurs fois à 2011, puis 2012 et enfin juillet 2013.
Le ministre des Transports Frédéric Cuvillier a annoncé un nouveau délai, fixé au 1er octobre 2013, le dispositif technique ne serait pas prêt.

La société Ecomouv', chargée de la conception du dispositif de collecte de la taxe (avec un système de positionnement par satellite), a prévenu le gouvernement qu'elle avait pris du retard. "Des anomalies ont été constatées, rendant impossible pour l'Etat d'entamer la phase de vérification du système d'information dans de bonnes conditions", a expliqué Frédéric Cuvillier dans une interview au quotidien économique Les Echos. "Nous avons donc décidé de différer la mise en œuvre de l'écotaxe", a-t-il ajouté.


A l'essai en juillet

De fait, le gouvernement renonce à l'expérimentation préalable qui devait avoir lieu à partir d'avril 2013 en Alsace. Elle devrait être remplacée par une phase d'essai à l'échelle nationale, "sur la base du volontariat et sans perception de l'écotaxe, à compter du mois de juillet", précise le ministère de l'Ecologie et du développement durable dans un communiqué.

Cette éco-redevance imposée aux poids-lourds a été décidée dans le but d'inciter les industriels à reporter leur trafic marchandises de la route vers le rail et/ou vers le fluvial. Elle va s'appliquer aux camions de plus de 3,5 tonnes, y compris ceux immatriculés à l'étranger mais qui circuleraient en France, sur les routes nationales et départementales (les autoroutes, déjà assujetties dans la plupart des cas aux péages, ne sont pas concernées). Soit environ 800 000 camions (600 000 français et 200 000 étrangers).
La barème définitif n'est pas encore connu, mais la taxe devrait rapporter en moyenne 12 centimes par kilomètre. Ce qui ferait 1,2 milliards d'euros par an.


Un manque à gagner de 80 millions d'euros par mois

Un pactole qui serait partagé entre l'Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) - entre 800 millions et un milliard d'euros par an pour financer des projets de transport lourds -, et les collectivités locales pour les routes départementales et des modes de transport alternatif : "de l'ordre de 160 millions d'euros", avait déclaré Frédéric Cuvillier le 3 janvier 2013, sur les ondes de RMC.
Censée rapporter 400 millions d'euros dès 2013 à l'AFITF, son report à octobre va diviser les recettes de l'Agence par deux.

La société Ecomouv' (consortium composé des groupes Autostrade, SNCF, SFR, Thales et Steria) chargée de la mise en œuvre du dispositif devrait toucher 230 millions d'euros par an, au titre d'un partenariat public-privé.
Ce qui ne manque pas de faire grincer quelques dents, au vu du retard pris par la société. Frédéric Cuvillier a d'ailleurs prévenu que "l'Etat appliquerait les dispositions prévues en cas de retard dans la livraison finale", estimant le manque à gagner pour l'Etat à 80 millions d'euros par mois.

Aubin Busalb