Ce que l'histoire retiendra de la fusion entre Veolia et Transdev, c'est le sentiment d'un immense gâchis et d'une incroyable perte de valeur. Quand Augustin de Romanet et Antoine Frérot, respectivement pdg de la Caisse des dépôts et de Veolia Environnement, annoncent en mai 2010 l'accord de fusion entre leurs deux filiales transport, ils expliquent que ce rapprochement, qui apparaît à beaucoup comme le mariage de la carpe et du lapin, créera de la valeur.

"1 + 1 fera plus que 2" expliquaient-ils confiants, assurant même quen compte tenu de la conjoncture et "du développement prévisible du marché mondial de la mobilité", l'objectif était de passer de 8,2 milliards d'euros de CA en 2010 à 10,2 milliards en 2015.

Trois ans plus tard, en 2013, Jean-Marc Janaillac fraîchement nommé pdg du groupe, n'arrive pas tout à fait au même résultat. Il espère tout juste atteindre 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires après avoir vendu des actifs représentant au total deux milliards d'euros de CA. Assorti d'un retrait géographique puisque le groupe va se recentrer sur 17 pays contre 27 auparavant.

Pour mieux resituer la contre-performance du groupe français, il faut savoir que son principal concurrent hexagonal, Keolis, dont le CA progresse de 10% par an, devrait atteindre lui aussi six milliards d'euros en 2015. En 2010, il dépassait à peine quatre milliards...

 

Taille critique ou critique de la taille ?

Mais il n'est plus temps de se lamenter sur le passé. Et, face à cette situation dont il n'est pas responsable, Jean-Marc Janaillac a décidé de "décider". Un verbe dont on avait un peu oublié le sens chez le géant mondial du transport public revenu à taille humaine.

Il taille dans le vif et, en même temps, il revient sur ce qui était un peu la marque de fabrique de Veolia, la course à la taille sans toujours le souci de la rentabilité. Le nouveau patron de Transdev l'a répété à plusieurs reprises lors de sa conférence de presse le 26 mars : "Big n'est pas toujours beautiful", et le concept de taille critique n'a pas le même sens dans une activité de services délocalisés comme le transport public que dans l'industrie.
Un discours que l'on retrouve chez les trois grands opérateurs français de transport public, plus soucieux désormais de rétablir leurs marges laminées sur l'Hexagone que de grossir démesurément.

Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Les errements des actionnaires n'ont pas tué en quatre ans le potentiel d'expertise et de savoir-faire du groupe. D'autant que les perspectives de développement des transports publics dans le monde et d'ouverture de ces marchés au privé sont toujours aussi prometteuses.

Gageons qu'après deux ans de "pause" le nouveau Transdev sera de nouveau prêt à en découdre avec ses concurrents.

Robert Viennet