MobiliCités : Votre sentiment après ces deux années passés aux commandes de la fédération professionnelle ?

Michel Bleitrach : Si c'était à refaire je le referais volontiers. A la fois quand j'étais en activité puis quand j'ai quitté la présidence de Keolis et que j'ai pris du recul. J'ai vu l'UTP de façon plus prégnante et j'ai pris beaucoup de plaisir. Pour prendre du plaisir dans ce genre d'activité, il faut deux choses : avoir la confiance du conseil d'administration - je crois que je l'ai eue - et former une équipe fluide avec le délégué général, ça a été le cas.
On a beaucoup échangé, beaucoup discuté avec Bruno Gazeau et son équipe sur les dossiers de la profession, et j'ai l'impression qu'on a fait avancer les choses dans le sens souhaité. Il n'est pas toujours facile dans une union professionnelle de rassembler toutes les sensibilités et de trouver les points d'équilibre. C'est aux adhérents de l'UTP de juger de la qualité de notre travail, mais je pense pouvoir dire que nous avons formé une équipe efficace.

Quels sont les dossiers que vous avez réussi à faire avancer ?

Tout d'abord la visibilité de l'UTP. C'était l'une des missions qui nous était confiée. J'en veux pour preuve la présence systématique aux Assises du ferroviaire (organisée par l'ex-ministre de l'Ecologie et du développement durable, Nathalie Kosciuzko Morizet en 2011, NDLR) ou la constitution d'un comité de dialogue entre Réseau ferré de France et l'UTP sur les attentes des opérateurs. L'UTP s'est aussi exprimée clairement sur le dossier de la gouvernance ferroviaire. Nous avons été consulté sur tous ses aspects tant par Olivier Dutheillet de Lamothe pour son rapport sur le statut des cheminots, que par Jean-Louis Bianco et Jacques Auxiette à propos de la réforme. Tout cela à bien fonctionné et a consacré le rôle de fédérateur de l'UTP. Nous avons été sollicités, entendus et je pense, écoutés.
Cette montée en puissance du ferroviaire au sein d'une UTP (qui à l'origine ne s'interéssait qu'au transport urbain) nous a conduit à faire évoluer sa gouvernance. Nous avons accueilli comme adhérents les deux gestionnaires d'infrastructure - Eurotunnel et RFF - et l'ensemble des opérateurs ferroviaires, privés ou publics. L'UTP a su prendre sa place au sein de Fer de France qui soutient la filière ferroviaire française à l'international.
La gouvernance de l'UTP a évolué également dans l'urbain pour prendre en considération la nouvelle représentativité des groupes, des régies et des réseaux indépendants. Tout cela s'est fait dans un cadre unanime.

 

L'UTP a pris plus de visibilité grâce au Salon européen de la mobilité organisé à Paris...

Effectivement, le salon permet à l'UTP d'avoir une expression claire vis-à-vis d'un plus large public. L'édition de 2012 a été l'occasion de démontrer plus encore que les précédentes, que nous étions capable d'organiser une manifestation à dimension européenne, avec tous les acteurs de la mobilité y compris les BTPistes et les opérateurs du stationnement. Deux des leaders du stationnement en France (Vinci et Effia, NDLR) sont devenus membres associés de l'Union.
Le Salon européen de la mobilité a aussi été l'occasion de faire passer des messages forts comme la dépénalisation des amendes de stationnement, ou la défense du versement transport. Nous avons su convaincre le Medef et sa présidente, Laurence Parisot qui est venue et s'est exprimée sur le salon 2011, de soutenir le versement transport interstitiel (taxe payée par les entreprises de + de 9 salariés dans les zones situées hors du périmètre de transport urbain, NDLR) .

C'est le résultat d'une longue action de lobbying de l'UTP au sein du Medef pour faire connaître l'importance pour l'économie française et donc pour les entreprises, de la filière du transport public. Pour donner une dimension encore plus internationale au salon, nous venons de signer un nouveau partenariat avec l'UITP et en juin 2014, et nous organiserons une conférence internationale sur la mobilité.

 

L'UTP défend également la profession au niveau européen. Quels sont les dossiers chauds et où en sont-ils ?

Ce sont des sujets très importants pour les entreprises françaises de transport publics  (trois d'entre elles figurent parmi les leaders mondiaux du secteur), mais aussi pour la filière industrielle. Nous suivons avec beaucoup d'attention l'évolution des normes, des directives et des réglements européens. Il y a de quoi faire... Par exemple, nous nous battons pour que la durée des contrats de délégation de service public (DSP) ne soit pas limitée à cinq ans comme la Commission européenne l'envisageait dans un projet de directive. Nous défendons le modèle de DSP à la française. Il serait regrettable que différentes dispositions réglementaires ou normatives viennent perturber un secteur où la France est en avance.
Concernant la filière industrielle il faut souligner l'importance de la normalisation. Je cite souvent l'exemple des bornes de rechargement électrique, sujet que j'ai suivi de près quand j'étais président de Keolis. L'Europe vient d'adopter comme référence la norme Din allemande qui favorise les constructeurs d'outre-Rhin, et non pas la solution française pourtant plus ouverte. C'est le résultat d'un lobbying défaillant qui aura des conséquences directes sur l'emploi et la production en France. C'est ce que nous devons éviter dans le transport public.


En quittant l'UTP, vous quittez aussi l'Apam (l'association pour la promotion des acteurs de la mobilité) ?

Oui, je passe le relais au président de la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV) Michel Seyt, comme prévu dans les statuts de cette association créée par l'UTP et la FTNV. Nous avons approfondi le dialogue entre les autocaristes et les acteurs du transport urbain et traité de nombreux sujets fondamentaux comme l'accessibilité ou bien les lignes régionales par autocar.
Nous avons aussi noué un dialogue avec les élus de transport réunis au sein du Gart (Groupement des autorités responsables de transport). Nous avons balayé les tabous qui pouvaient encore exister entre les élus et les opérateurs. L'UTP est venu en soutien sur des sujets comme la défense du versement transport. Récemment, nous avons réalisé un tour de France pour aller ensemble à la rencontre de nos adhérents respectifs, de les faire débattre et d'en tirer les conclusions qui seront rapportées en novembre 2013, lors des Rencontres nationales du transport public à Bordeaux. Nous devons faire évoluer le modèle français du transport public.


Vous quittez définitivement la profession ?

Je quitte l'UTP mais je garde un pied dans le transport : je reste administrateur de Keolis SA et je serai également conseiller de Guillaume Pepy (président de la SNCF, NDLR) sur les sujets de transition écologique.


Propos recueillis par Robert Viennet