"Avec Mettis, nous allons passer en Ligue 1 d’un seul coup", observe Dominique Gros, vice-président de Metz Métropole, chargé des déplacements. L'agglomération lorraine qui compte 40 communes et 230 000 habitants, a vu le trafic automobile doubler en 25 ans, avec plus de 600 000 déplacements quotidiens en voiture particulière.

"A Metz, le bus est la roue de secours quand la voiture est en panne", compare l’élu messin. Les transports en commun ne s'arrogent que 9% de parts de marché. "C’est très peu pour une ville comme la nôtre", ajoute l'élu messin, expliquant qu'il est trop facile de circuler et de stationner en automobile dans sa ville.

Mettis a été imaginé pour inverser la tendance : objectif de fréquentation, 90 voyages par an et par habitant contre avec 70 aujourd'hui. Ce nouveau système de Bus à haut niveau de service (BHNS) en site propre s'accompagne de plusieurs opérations d’aménagement urbain. Le plus emblématique étant la requalification du quartier de l’amphithéâtre, une ancienne friche industrielle située à proximité de la gare SNCF et du centre Pompidou. Une zone de 38 hectares dont 22 sont en cours d’urbanisation avec la construction de 1 600 logements, de bureaux et de commerces.

"Mettis est un projet révolutionnaire à la fois en matière de transport en commun et d’urbanisme. C’est un outil d’aménagement urbain et un moyen de transporter dans les meilleures conditions le plus grand nombre de personnes", observe Jean-Luc Bohl, président de la métropole. "Ce nouveau mode de transport sera une plus-value considérable pour notre territoire, un élément clef de notre identité qui nous permettra d’aller de l’avant".

 

Ni bus, ni tramway

Les deux lignes de Mettis vont relier sur 18,5 kilomètres (dont 90% en site propre) les trois communes de Woippy, Borny et Mercy. Ponctuées de 37 stations et de trois parkings relais. Seront desservis la cité universitaire, le centre ville, le centre Pompidou, le Technopole, la foire exposition et l’hôpital. Soit 80% des emplois messins et 52% de ceux de l’agglomération. De 5h30 à minuit. Fréquentation attendue, 40 000 voyageurs par jour.

Pour créer un effet de surprise mais surtout pour des questions d’efficacité, les élus ont souhaité un bus hors du commun. "Nous voulions un véhicule avec un design spécifique, composé de trois caisses et doté d’une motorisation hybride", note Dominique Gros. A l'appel d’offres portant sur 27 véhicules, aucune réponse d'un constructeur français. En revanche, trois Européens se sont positionnés : le Suisse Hess, le Néerlandais APTS et le Belge Van Hool. Ce dernier a décroché le marché.
"Van Hool était non seulement le mieux disant, mais surtout le plus intéressé par notre projet. Il a développé un modèle sur mesure", explique l'élu.
Mettis est un véhicule bi-articulé de 24 mètres, avec une capacité de 150 places, doté une motorisation hybride. "Il n’y aura pas de caténaire car le moteur hybride est alimenté par une génératrice diesel installée à l’arrière du bus. C’est vraiment un nouveau produit sur le marché des transports publics français". Designé par Eric Rhinn, le BHNS sera décliné dans quatre teintes : bleu, vert, prune et mirabelle.

 

Naissance du "Met'"

Au total, un investissement de 230 millions d’euros pour les études (20 millions HT), l’achat du matériel roulant (29 millions), la construction du centre de maintenance (36 millions), la plate-forme (100 millions) et les aménagements urbains (40 millions).
Pour le financer, Metz Métropole a relévé le taux du versement transport à 1,8% en 2008 (il rapporte 22 millions par an à la collectivité locale) et devrait bénéficier de 77 millions d’euros de subventions du Fonds européen de développement régional , de l’Etat (au titre du Grenelle de l’environnement, du plan espoir banlieue, du contrat de redynamisation des sites de Défense et du contrat de projet Etat/région), de l’Ademe, de la région Lorraine, du conseil général de Moselle et de la ville de Metz.
Le reste du financement sera assuré par l’agglomération.
"Le projet s’équilibre et il n’y aura pas de recours à l’emprunt, affirme Dominique Gros. "Ces deux lignes coûteront 12,9 millions d’euros par kilomètre".

La mise en service de Mettis doit s’accompagner d’une restructuration du réseau urbain, rebaptisé Le Met’ pour l'occasion. Avec un nouveau logo, une nouvelle billettique et des bus aux mêmes couleurs que Mettis. Cinq lignes de bus structurantes, 7 lignes de maillage, 7 mini lignes, 17 lignes suburbaines, quatre services de soirée et un transport pour les personnes à mobilité réduite s'érticuleront autour du nouveau BHNS.

Christine Cabiron