Le sujet est aride et pourtant la salle de presse du ministère des Transports était pleine à craquer le 27 juin après-midi pour assister à la remise du rapport de la commission Mobilité 21 à Frédéric Cuvillier, locataire des lieux.

Dans l'assistance, la presse nationale, mais aussi de très nombreux journalistes de la presse écrite et audiovisuelle régionale qui se pressaient pour savoir lesquels parmi les 245 milliards d'euros de projets du Schéma national des infrastructures de transport (SNIT) avaient les faveurs de la commission.
Une affluence qui fait écho au véritable raz de marée de réactions des élus de la France entière qui a suivi, et souvent précédé, la publication officielle du rapport


L'illusion et la réalité

"Le SNIT, c'était l'espoir poussé jusqu'à l'illusion. Il était indispensable de revenir à la réalité", a déclaré Philippe Duron, président de la commission chargée de faire le tri. L'illusion, c'étaient les 245 milliards d'euros à consacrer aux infrastructures de transport d'ici à 2025, dont plusieurs nouvelles lignes à grand vitesse. La réalité, c'est le choix proposé au gouvernement par la commission Mobilité 21 et dont MobiliCités avait dévoilé les grandes lignes, le 19 juin : abandon du tout TGV et de nombreux projets d'autoroute, hiérarchisation et étalement dans le temps de nouvelles infrastructures.

Mais avant de penser aux projets futurs, la commission estime que la priorité des priorités, c'est de remettre en état le réseau routier et ferroviaire existant qui se dégrade depuis plusieurs années. Elle propose d'y consacrer 25 à 30 milliards d'euros d'ici à 2030. Une fois cet argent sur la table, en sus des coups déjà partis (par exemple les lignes à grande vitesse Tours-Bordeaux, Le Mans-Rennes, le contournement de Nîmes et Montpellier), il ne reste plus grand-chose dans le porte-monnaie national.


Trois catégories, deux scénarios

Pour y voir un peu plus clair, la commission a classé les projets dans trois catégories :

  • les "premières priorités", à engager avant 2030
  • les "secondes priorités" entre 2030 et 2050
  • les "Horizons lointains" après 2050.
Philippe Duron et ses pairs proposent ensuite deux scénarios. Le premier "au fil de l'eau" ne permettrait de financer, grâce au budget actuel de l'Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF), qu'entre 8 et 10 milliards d'euros de projets nouveaux, d'ici à 2030.
Dans ce scénario, priorité est donnée a une petite dizaine de projets, notamment la désaturation des grands nœuds ferroviaires (Lyon, Paris Saint Lazare, La Part Dieu à Lyon), des chantiers "ingrats mais nécessaires", a commenté Philippe Duron. De quoi améliorer les trains du quotidien, principale préoccupation des Français.

Le second scénario est plus ambitieux, même si on est encore loin des sommets atteints par le SNIT. Il propose d'affecter, toujours d'ici à 2030, entre 28 et 30 milliards d'euros aux grands projets. Mais cela nécessiterait que l'Etat abonde le budget de l'AFIFT de 400 millions d'euros supplémentaires par an.

Une somme qui proviendrait, en partie, d'un gonflement de la part de la taxe poids lourds réservée aux infrastructures. C'est ce scénario qui a les faveurs du gouvernement, comme l'a déclaré Frédéric Cuvillier à l'AFP en marge de la conférence de presse. Il permettrait de repêcher quelques projets emblématiques comme la LGV Bordeaux Toulouse qui, de seconde priorité deviendrait première priorité, ainsi qu'une dizaine d'autres.

Le rapport de la Commission Mobilité 21 doit être présenté en juillet 2013 devant les commissions parlementaires de l'Assemblée nationale et du Sénat. Et le verdict tombera le 9 juillet. Ce jour-là, le premier ministre doit préciser son plan en faveur des investissements d'avenir qui concernera le numérique, la transition énergétique, la santé et les grandes infrastructures de transport.

Robert Viennet