Posé le 3 juillet sur les rails aquitains, le premier Régiolis ne sera vraiment en service que fin 2013 quand il aura reçu son AMEC. Cette Autorisation de mise en service commerciale est aux trains ce que la carte grise est aux automobiles. L'Aquitaine a également commandé 24 trains Régio2N, au constructeur Bombardier, pour un montant de 235 millions d'euros.

Issu de la gamme Coradia, le Régiolis est un peu le train à tout faire d’Alstom : censé répondre à tous les besoins des régions et même un peu plus. "Il est révolu le temps où il fallait développer pour chaque région un train spécifique", explique Jérôme Wallut directeur général d’Alstom transport France. A partir de la même plate-forme, le train se décline en différentes longueurs (56 à 110 mètres), en quatre classes de confort et d’aménagement intérieurs (périurbain, régional et intervilles). Il est disponible en deux types de motorisation, électrique ou bimode diesel électrique, et supporte deux tensions d’alimentation (25 kV et 1500 V).C'est aussi le premier train régional compatible avec ERTMS, le système européen visant à harmoniser la signalisation ferroviaire sur tout le Vieux Continent, mais qui peine à se mettre en place.

 

Les attentes des passagers

"Nous avons conçu ce train en fonction de son type d’utilisation et des attentes des passagers", explique Jérôme Wallut. Le Régiolis est à plancher bas intégral, sans marche pour monter à bord, ce qui facilite la circulation à l’intérieur de la rame et le confort des voyageurs, mais aussi les échanges entre les passagers entrant et sortant. Sur les liaisons périurbaines très fréquentées, cela permet de réduire le temps d’arrêt en gare. Les versions périurbaines sont d'ailleurs équipées de portes plus larges qui peuvent être, en option, positionnées de chaque côté de la rame.

Toutes les versions du Regiolis sont en intercirculation (pas de porte entre les voitures) et de nombreux composants du train sont installés en toiture pour permettre de libérer de l’espace voyageurs. La capacité d’accueil est comprise entre 160 places assises pour la rame de 56 mètres en unité simple, à plus de 1000 lorqu’il est exploité en unités multiples. Le principe de modularité s’applique aussi à l’aménagement intérieur et notamment à l’implantation des sièges qui peut être modifié selon les choix des régions.

Dix trains de pré-série

Pour tester le Regiolis dans toutes ces configurations, Alstom a développé dix trains de pré-série qui ont parcouru depuis avril 2012 plus de 200 000 kilomètres. Les essais ont mobilisé jusqu’à 200 ingénieurs et techniciens et s’achèvent en septembre 2013. Début 2014, ces trains devraient recevoir leur homologation et commencer à rouler en exploitation commerciale. A cette date, une quinzaine de Regiolis auront été livrées à l'Alsace, l'Aquitaine, la Basse-Normandie, la Lorraine et la Picardie.

Fin 2014, une centaine de trains supplémentaires seront livrés. Ne restera plus alors dans le carnet de commandes d’Alstom que 82 exemplaires. Un sujet qui préoccupe le constructeur dont l’outil industriel est dimensionné pour en produire une centaine par an. "Pour ce projet qui génère plus de 1 000 emplois chez nous et 3 000 chez nos fournisseurs, nous espérons produire environ 70 trains par an en rythme de croisière", explique Jérôme Wallut. Quand on sait qu’il faut environ 14 mois entre la commande et la livraison, on comprend l’impatience du constructeur dont six sites industriels sur dix sont impliqués dans ce projet.

 

En attente de commandes

Jérôme Wallut reste toutefois optimiste : "Quand les régions découvriront les qualités du Regiolis elles passeront des commandes", espère-t-il. D’autant qu'elles vont avoir accès aux 20 milliards de crédits à long terme mis à disposition par la Caisse des Dépôts permettant entre autres de financer des achats de trains.

Se profile également l’appel d’offres pour le renouvellement des trains intercités que le ministre des Transports Frédéric Cuvillier a récemment confirmé, et qui devrait porter sur une 30 à 40 trains. Le caractère polyvalent du Regiolis pourrait prendre son sens avec une version grandes lignes de six caisses capables de rouler à 200 km/h. "Nous travaillons actuellement sur le design de ce matériel", indique Alstom. Pour une fois, ce sont les trains régionaux qui inspirent leurs grands frères.

Robert Viennet