Mi-août 2013, le gouvernement brésilien a annoncé qu'à la demande de plusieurs entreprises intéressées, il repoussait une deuxième fois l'appel d'offres pour la ligne ferroviaire à grande vitesse entre les deux villes distantes de 500 kilomètres. Elles seraient alors reliées en 85 minutes au lieu de six heures aujourd'hui.

Parmi les candidats figurent les Espagnols CAF mais surtout Talgo-Renfe touchés par le tragique accident de train de St-Jacques de Compostelle qui a fait 79 morts fin juillet. Mais l'Allemand Siemens a lui aussi demandé un délai supplémentaire.


Un seul candidat : Alstom-SNCF

"Après de nombreuses discussions avec des participants potentiels, nous nous sommes aperçus que l'appel d'offres s'orientait vers un seul participant (Alstom-SNCF, ndlr)" a déclaré le ministre des Transports, César Borges, cité par l'AFP. Affirmant que l'objectif de rendre cette ligne opérationnelle "dès 2020" n'était pas changé.

Lancé en 2010, le projet actuel a déjà été reporté, faute de candidats. Il doit se faire en deux étapes, tout d'abord pour définir l'opérateur et le matériel roulant, ensuite pour la construction de l'infrastructure.
Or, le gouvernement brésilien exige que les candidats aient au moins cinq ans d'expérience dans les trains à grande vitesse, sans que ne soit survenu d'accident important pendant cette période...


Soupçons de corruption

Jugé crucial par la présidente brésilienne Dilma Rousseff, le projet a été vivement critiqué lors des émeutes de juin 2013 contre la hausse du prix des tickets de transport urbain et leur piètre qualité (lire). Les citoyens brésiliens ont manifesté leur opposition face aux sommes englouties dans des projets qui n'améliorent pas leur vie quotidienne : notamment l'organisation de la Coupe du monde de football en 2014 jugée "mégalomaniaque", mais aussi le projet ferroviaire à grande vitesse dont le coût s'élève à 12 milliards d'euros.

La fronde populaire du printemps 2013 partie de Sao Paulo et qui s'est étendue aux principales villes du pays avait également comme élément déclencheur les soupçons de corruption autour de grands marchés publics. Siemens a récemment admis avoir orchestré un cartel (avec le Japonais Mitsui, le Canadien Bombardier, le Français Astom) pour des appels d'offres d'équipement ferroviaires. 
Et le quotidien brésilien O Estado de Sao Paulo a de son côté rappelé une enquête sur des supposés pots de vin entre 1995 et 2003, touchant cette fois Alstom, pour l'extention du métro de Sao Paulo. Dans les colonnes des Echos, le groupe rétorque que "les contrats ont été remportés dans le cadre d'appel d'offres, et qu'ils sont conformes à la législation en vigueur au Brésil".

Les prochaines élections présidentielles ayant lieu en octobre 2014, les autorités brésiliennes ne préfèreront-elles pas s'abstenir et reporter au-delà de cette échéance l'appel d'offres du TGV ?

Nathalie Arensonas