Le premier marché passé fin 2008 porte d’ailleurs sur le design-création, et c’est l’agence RCP (Régine Charvet Pello) qui l’emporte. La designer a à son palmarès la livrée du nouveau Transilien, les tramways des Maréchaux à Paris, ceux du Mans, d’Angers, d’Alger ou de Constantine.

"À Tours, la question a été mieux posée que partout ailleurs (…) : dès le début, il a fallu définir une identité" : du centre de maintenance aux ouvrages d’art. RCP a été sollicité dès le début, et "plutôt que de travailler sur le design ponctuel de chaque élément, nous avons considéré que le projet touchait un corridor de 500 mètres de part et d’autre de la ligne. Il ne s’agit donc pas d’une ligne de 15 kilomètres, mais d’un territoire de 15 km²", explique Régine Charvet Pello.

Ce territoire, la designer lui donnera le joli nom de "Quatrième paysage". Il vient s’ajouter aux trois paysages traditionnels de la ville de Tours : le bâti (classé au patrimoine de l’Humanité par l’Unesco), la Loire, et les jardins.
De la place Choiseul à la gare de Tours, dans le cœur historique, pas de caténaire : sur 1,8 kilomètre, le tram est alimenté sur en APS (Alimentation par le sol).

L'agence a réuni un collectif "Ensemble(s) la ville" composé d’un géographe, d’un plasticien et sculpteur de lumières, d’un compositeur, et du peintre sculpteur Daniel Buren qui a imaginé la carapace miroir du tramway tourangeau. "Le véhicule n’est plus aussi central. Nous avons imaginé le tramway comme la partie mobile de la station, un élément de mobilier urbain, un curseur qui monte et descend les quinze kilomètres de ligne", commente Régine Charvet Pello.
Même raisonnement sur la couleur du tram : "elle devait être celle de la ville, pour la refléter". Résultat, le dernier né des Citadis d'Alstom est "un miroir de la Loire, qui change en fonction du temps et de l’environnement".

Intimité à bord et voyage culturel


Chez le constructeur qui a vendu 21 rames à la collectivité locale, "On n’avait encore jamais vu une telle approche (...) Il nous a fallu adapter ces préconisations à la base duCitadis ", explique Xavier Allard, vice-président Design&Styling chez Alstom.. Six types de sièges différents, du strapontin au plateau, et des paravents en bois pour "préserver l’intimité" !
"Le découpage en couleurs asymétriques, l’ambiance lumineuse qui change selon les saisons, ça n’a pas été simple, se souvient Xavier Allard. Il a fallu créer des bandes lumineuses LED de très exactement neuf centimètres de large, et le film de la livrée extérieure qui devait présenter un effet reflet, sans être chromé, pour donner une identité particulière au tramway".

Pour rompre avec la routine d’un voyage quotidien en transport collectif dans cette ville si marquée par l'histoire de la Renaissance, le collectif "Quatrième paysage" s’est donné l'ambition de "Transformer un voyage en découverte culturelle".

Terminus, tout le monde ne descend pas


Pour accompagner l'arrivée du tram, le réseau de bus a été revu de fond en comble : les lignes sont hiérarchisées et viennent à la fois en renfort et en complément de ce drôle de tram où 55 000 voyageurs par jour sont attendus. Objectif, favoriser le report modal de la voiture vers le transport public.

Sur l’axe du tramway, plusieurs lignes de bus ont été supprimées, sans perdre un kilomètre d’offre de transport, assure l’autorité organisatrice  (on est même passé de 9,5 à 10 millions de kilomètres). Le nouveau réseau s’articule autour du tramway (ligne 1) et d’un bus à haut niveau de service (BHNS sur la ligne 2), toutes les six minutes pour le premier, toutes les huit minutes pour le BHNS. Complétées par les lignes de bus 3, 4 et 5, à moins de 10 mn de fréquence. Puis des lignes de maillage.


Avec en plus, une nouvelle offre de transport à la demande et la possibilité, en bout de ligne, de demander au conducteur d’aller au-delà du terminus.

Sur une partie du tracé du tramway, roulent à la fois des bus et des trams. Mais "le bus s’arrête toujours en aval du tram, poursuit le directeur de Keolis Tours, Thierry Couderc. "Ce qui n’est pas simple parce que les temps d’échange voyageurs ne sont pas du tout les mêmes".
Et selon les principes chers à Keolis, la filiale de la SNCF qui exploite les transports tourangeaux depuis un siècle (sous un nom ou sous un autre), "la question n’est pas de jouer la concurrence entre les transports collectifs et la voiture : les usages sont trop différents. Il faut donner la possibilité aux habitants de choisir en fonction de leurs besoins. On est sorti d’une pure logique domicile-travail, on a renforcé l’offre le samedi et aux heures creuses", poursuit T. Couderc.

Et pour éviter que le tram soit un jour victime de son succès (cela a été le cas à Bordeaux –> lire l’article "La gazelle et le dinosaure", CitéTram et le Sitcat ont tenté d'anticiper l'avenir : "Au départ, raconte Jean-Luc Paroissien, il était prévu 24 rames de 30 mètres, à une fréquence de cinq minutes". Ce seront finalement 21 rames de 43 mètres, toutes les six minutes. "La courbe investissement/maintenance était beaucoup plus favorable dans cette situation".

La capacité du tram est passée de 200 à 280 places, avec une marge d’évolution : "Si la fréquentation explose, on peut toujours redescendre à cinq minutes. Mais on ne voulait pas tout de suite avoir à commander de nouvelles rames". Alstom attendra.

Franck Lemarc