Question : en proposant de voyager gratis, attire-t-on de nouveaux clients qui d'habitude ne lâchent jamais le volant de leur voiture ou bien, est-ce un coup d'épée dans l'eau qui ne fait que frustrer ceux qui ont payé leurs abonnements mensuels et donne à d'autres l'envie de frauder ?

Pour la septième édition de la Journée du transport public, le 18 septembre 2013, qui met l'accent sur les trajets domicile-travail (73% des Français vont travailer en voiture), ce qui frappe le plus en égrainant la liste des opérations des 200 réseaux participants, c'est le mot "gratuité" : dans les autocars de la Haute-Loire, du Cher, du Gard ou des Landes, par exemple.
Gratuits aussi les bus d'Annecy, de Saint-Malo ou de Rodez, les bus et trams de Grenoble. Sur le réseau RATP, il faudra répondre à un quiz pout tenter de gagner un pass Navigo annuel 5 zones (1 170,40 euros)

"Un mauvais signal"


Au pire, ce jour-là on déboursera un euro pour circuler librement à bord des TER et des autocars interurbains. Une manière de donner envie car "l'essayer, c'est l'adopter", explique Jean-Pierre Farandou, président de Keolis et du GIE Objectif Transport Public, organisateur de cette journée. Mais "c'est peut-être un mauvais signal", juge un expert du secteur.

A l'heure où les élus du transport et les entreprises exploitantes répètent à qui veut l'entendre que le modèle économique du transport public est à bout de souffle, qu'il faut trouver de nouvelles ressources (hausse du versement transport dont le Medef ne veut pas trop entendre parler, hausse des tarifs inenvisageable à quelques mois des élections municipales) pour financer les transports publics, la gratuité est un sérieux paradoxe.

A Aubagne, souvent cité en exemple pour ses transports collectifs gratuits (Châteauroux, Compiègne et une dizaine d'autres villes le font aussi), l'agglo qui va bientôt s'équiper d'un tramway compact affiche des chiffres de fréquentation record : + 170% en quatre ans ! Et une baisse du trafic automobile de 10%. "Ils sont partis de très bas, modère l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP) qui relève un nombre de voyage par habitant plus faible que dans d'autres villes de même taille (environ 110 000 habitants) : 86 voyages par habitant à Angoulème, 61 à Colmar, 95 à Bourges... contre 43 à Aubagne.
"Faute de tickets vendus et avec 30% de bus équipés de système de comptage, Aubagne n'est pas en mesure de connaître exactement le nombre de voyageurs transportés", ajoute Stéphanie Lopes d'Avezedo, du département des affaires écomiques et techniques de l'UTP qui édite chaque année les chiffres clés du secteur.

Le Groupement des autorités responsables de transports (membre avec l'UTP d'Objectif Transport Public) n'est pas non plus favorable à la gratuité : "elle peut être pertinente dans certains réseaux de petite taille où les recettes tarifaires sont très faibles, voire inférieures au coût de la perception, mais elle ne peut pas être géné­ralisée, car "même gratuit pour l’usager, le transport public ne l’est pas", insistent les élus du transport.
Leur président et maire socialiste de Strasbourg, Roland Ries, préfère la tarification sociale. Dans tous les cas, en se privant des recettes des usagers, c'est la collectivité locale qui devra compenser cette perte. Et in fine, les contribuables.

Même la Fédération nationale des usagers du transports (Fnaut) trouve que c'est une fausse bonne idée, considérant que la gratuité "encourage l’étalement urbain et prive de ressources le système de transport au moment où la clientèle augmente et où les recettes fiscales des collectivités diminuent".

TVA à 10%


Gratuits ou accessibles au prix d'un euro le 18 septembre pour cette journée des transports publics, le retour de bâton risque d'être encore plus dur le 1er janvier 2014 quand le taux de TVA sur les tickets de métro, de bus, de tramway ou de train de banlieue passera à 10%. Il était déjà passé de 5,5% à 7% en 2011 et les collectivités locales avaient alors préféré ne pas répercuter cette hausse sur le prix des billets. Creusant un peu plus le déséquilibre du ratio recettes/dépenses d'exploitation, tombé à 30%. Car en moyenne, l'usager ne paie qu'un quart du coût réel du transport.

"Quand on entend que les tickets de cinéma pourraient être considérés commme des biens de première nécessité soumis à un taux de TVA de 5%, on se demande pourquoi les transports du quotidien ne le seraient pas !", s'insurgent les professionnels du secteur, citant l'exemple de la Grande-Bretagne où ils sont soumis à un taux zéro.
Christan Eckert, le rapporteur du Budget à l'assemblée nationale les entendra t-il ? Le combat risque d'être ardu car visiblement, le gouvernement ne compte pas multiplier les exceptions. C'est pas tous les jours la fête pour les transports publics...


Nathalie Arensonas



Voir l'une des vidéos (un brin décalées) de la Journée du transport public :



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