Des voies dédiées, des bus aux lignes arrondies, des passages fréquents et cadencés, un service d’information voyageurs dynamique, le tout pour un coût de réalisation nettement moins élevé que celui d'un tramway. A Metz, le bus à haut niveau de service (BNHS) qui doit être inauguré demain, a coûté 230 millions d'euros à la métropole.

Ces BHNS sont la nouvelle coqueluche des élus locaux qui n'ont pas forcément les moyens - ni besoin - de s'équiper d'un tramway.
"Un BHNS coûte en moyenne trois fois moins cher qu'un tram", indique Jean-Pierre Farandou, dirigeant de Keolis, l'exploitant du réseau de transport de Metz. Lors du dernier appel à projet transports collectifs et mobilité durable clos le 15 septembre 2013, plus de cinquante dossiers de candidatures pour décrocher une subvention de l'Etat ont éte déposés par les collectivités locales désireuses de s'équiper de ces bus qui ont la silhouette d'un tram, mais n'en sont pas un.

Lire : "Pluie de candidats pour le 3e appel à projets"

C’est une "rupture dans l’imaginaire des transports collectifs" que les élus de Metz (230 000 habitants) veulent provoquer avec Mettis, deux lignes de BHNS totalisant 18,5 kilomètres qui doivent entrer en service samedi 5 octobre 2013 dans l’agglomération lorraine. Il circulera à 90% sur une voie réservée.

Mettis - nom romain de Metz - est certes un bus, mais pas comme les autres. Techniquement, c’est un véhicule biarticulé, il mesure 24 mètres, est doté de deux essieux directionnels et d’un rayon de braquage limité. Il peut prendre jusqu’à 150 passagers à bord, soit 3 000 par heure, et par sens. Autre particularité, c’est un bus hybride : le moteur diesel fonctionne comme un générateur chargé d’alimenter le moteur électrique (qui assure la traction) en complément du système de récupération d’énergie.


"On pourrait croire que c'est un tram"

"Nous ne voulions pas acheter un véhicule sur catalogue, mais imaginer un véhicule à part", indique Dominique Gros, maire de Metz, et vice-président de la métropole (40 communes), chargé des déplacements.
Trois constructeurs européens ont candidaté, le Suisse Hess, le Neerlandais APTS et le Belge Van Hool. C'est ce dernier qui a remporté le contrat pour 27 véhicules. "C’est dommage qu’aucun industriel français n’ait répondu car Van Hool fait aujourd’hui de bonnes affaires avec l’Exquicity 24 (son BHNS vendu à Metz, ndlr), commente le maire. Le constructeur franco-italien Iveco Bus, implanté en Ardèche, a bien des bus hybrides en magasin, mais pas des 24 mètres.

Les élus messins ont également voulu que Mettis soit "looké". Designé par Eric Rhin, le BNHS existe en quadricolore : vert, bleu, rose prune ou jaune mirabelle. Mi bus-mi tram, les véhicules sont longés de larges baies vitrées et sont équipés d’un plancher bas intégral pour les personnes à mobilité réduite. L’accès à bord se fait par quatre larges doubles portes coulissantes.
"Nous avons conçu un pseudo tramway sur le plan de l’esthétique. L’avant et l’arrière du véhicule sont identiques. Quand on le voit passer, on pourrait croire que c’est un tram", décrit Dominique Gros.

Pour éviter un système de transport à deux vitesses (comme cela a été le cas avec l’arrivée du tram à Bordeaux - lire "La gazelle et le dinosaure"), plusieurs mesures ont été prises :  rebaptisé le Met’, le réseau urbain a été entièrement réorganisé pour démultiplier l’effet des deux lignes de BHNS. L’offre kilométrique (9,4 millions de km/an) augmente de 15%, et cinq lignes de bus "structurantes" circulent à la même fréquence que Mettis : toutes les 10 minutes en journée.

Ces lignes cadencées sont complétées par sept lignes de maillage, sept mini-lignes, dix-sept lignes suburbaines, quatre lignes de soirée et des services de transport à la demande. Enfin, cinq axes ont été aménagés avec des petits portions sur voie réservée. "C’est un ensemble de déplacement qui est proposé, une petite révolution copernicienne, qualifie Dominique Gros. Avec Mettis, nous allons basculer dans une nouvelle ère de mobilité", poursuite l'élu socialiste proche de Jean-Marc Ayrault. Petit coup de pouce avant les municipales de mars 2014, le premier ministre participera à l'inauguration.

Objectif de fréquentation avec Mettis : faire progresser le nombre de voyages par an et par habitant de 70 à 90, voire 100 d’ici à 2016. A Chalon-sur-Saône, Nîmes et Saint-Nazaire, un an après la mise en service d’un BHNS, ces trois villes ont vu le nombre d’usagers des transports collectifs augmenter de manière signifficative.

Christine Cabiron (avec N.A.)