Etant donné la contestation violente que suscite le projet du Lyon-Turin en Italie, c’est depuis un site gardé comme un camp militaire qu’un tunnelier venu des Etats-Unis doit commencer à s’activer début novembre 2013. Au programme, le forage d’un tube de 7,5 kilomètres de long et de 6,3 mètres de diamètre.

En amont de la commune de Suse, côté italien, sous les piles d’un vertigineux viaduc de l’autoroute qui relie Turin au tunnel du Fréjus, les équipes de Lyon Turin Ferroviaire (LTF) sont à pied d’œuvre pour superviser les opérations. 

En réalité, 200 premiers mètres ont déjà été excavés il y a plusieurs mois par méthode traditionnelle. Mais étant donné la dureté de la roche, la suite est du ressort d’un tunnelier.
Celui-ci a été livré à la Maddalena - le lieu de percement - en pièces détachées au mois d’août. L’assemblage de la machine baptisée Géa a pris deux semaines de plus que prévu.

Résultat, c’est donc en pleine ratification par les parlements français et italiens d’un traité qui doit lancer la seconde phase du projet - celle du creusement du tunnel international - que l’opération italienne est lancée. En outre, elle débute alors que Bruxelles vient de confirmer sa part de 40% au financement du Lyon-Turin.


"Simple coïncidence de date"

"Une simple coïncidence de date, assure François Pelletier, le porte parole de LTF. Ce percement s’inscrit en fait dans la première phase du tunnel de base du Lyon-Turin, qui a consisté à mener des études préliminaires et des travaux de reconnaissance", ajoutet-il.

Pour cette galerie de la Maddalena, le budget prévu est de "143 millions d’euros", à puiser dans l’enveloppe de 842 millions consacrée à cette première phase.

Mais pourquoi un tel télescopage entre les deux phases ? En réalité, côté italien, la définition du tracé du tunnel de base – 57 kilomètres de long entre Saint-Jean de Maurienne et Suse pour un montant théorique de 8,5 milliards d’euros -  a été très mouvementée. Après une délicate concertation, le tracé transalpin du tube a été revu avec à l’arrivée, quelques années de retard dans les procédures.

Alors que les Français ont achevé leur programme avec trois descenderies réalisées, les Italiens n’entament donc que débur novembre le percement de leur premier ouvrage de reconnaissance.

Ce tube ne sera pas perdu puisqu’il servira "à accéder aux chantiers du futur tunnel transfrontalier, souligne LTF qui enchaîne : "Et une fois la ligne en exploitation, l’ouvrage sera utilisé pour la ventilation, la maintenance et la sécurité du tunnel". Un scénario qui se précise.

A Paris, l’Assemblée nationale a en effet ratifié le 31 octobre 2013 l’accord franco italien de janvier 2012, les sénateurs devant se prononcer le 18 novembre. Entre temps, les députés italiens auront voté de leur côté. 


Répartition des frais

Concrètement, cette ratification signifie le feu vert à la réalisation du  chantier transfrontalier du Lyon-Turin avec une répartition précise de la clé de financement : 40% pour l’Union européenne, 35 % pour l’Italie, 25% pour la France.

Autre conséquence, Lyon Turin Ferroviaire, la société franco-italienne détenue par RFF et RFI que préside Hubert du Mesnil va changer de statut. Détenue directement par les Etats, elle sera chargée de la conduite du projet. C’est elle qui passera les marchés avec tout un arsenal - l’aide du ministère italien de la justice – censé faire barrage à l’infiltration d’entreprises contrôlées par la mafia.

Car ce chantier pharaonique représente à coup sûr un fantastique filon potentiel pour elle, comme a alerté le journaliste italien Roberto Saviano, l’auteur de Gomorra, dans la presse italienne. Surtout si ses coûts dérivent, ce qui ne manquera pas d’arriver.

Marc Fressoz