Avec la crise, restons groupés ! La pratique commence à intéresser sérieusement les élus d’agglomérations moyennes, désireux de s’offrir tout de même un tram : passer des appels d'offres communs pour acheter du matériel de transport en commun. Avec un seul but, faire baisser les prix.

Caen et Amiens ont décidé en décembre 2012 de franchir le pas pour acheter ensemble 50 rames de tramway à Alstom. "Nous espérons réaliser au minimum 5 % d’économie", indique Eric Vève, président de Viacité. L’autorité organisatrice des transports caennais affiche des objectifs modestes, mais espère tirer davantage de bénéfices avec ce groupement d'achat.
"Nous avons une enveloppe totale de 200 millions d’euros dont 100 pour les rames, il ne s’agit pas d’en sortir", ajoute son partenaire Thierry Bonté, vice président chargé des transports d’Amiens Métropole.

Une commission commune d’appel d’offres et un comité technique unique doivent être prochainement sur pied en vue d’un achat pour 2015, Caen visant une mise en service fin 2018,  Amiens au printemps 2019.


Acheter des véhicules et du design en commun

Mais il s’agit "d’aller plus loin que la simple commande groupée de matériel", souligne Thierry Bonté. Elus caennais et amiénois vont aussi accorder leurs violons sur le choix du design des rames, où encore l’achat des équipements pour les stations.

Nouveau, cette politique de groupement inspire aussi les élus nourrissant des projets de bus à haut niveau de service (BHNS). Il leur reste à trouver des partenaires. "Je lance un appel massif à ceux qui voudraient nous rejoindre pour l’acquisition de rmatériel, a dit Joseph Tyrode, vice président de l’agglomération de Pays de Montbeliard le 27 novembre 2013 lors des Rencontres nationales du transport public (à Bordeaux). Nous avons prévu 100 millions d’euros et il nous faut faire partout des économies d’échelle de 5, 10, 15, 20 % pour ne pas la dépasser. D’où cet appel au groupement", a ajouté l'élu.

Le précédent de Dijon et Brest - premières agglomérations à pratiquer la commande en commun - avait ouvert la voie : "Ensemble, nous avons fait baisser de 20% le prix d’achat du parc", rappelle Alain Masson, vice président de Métropole Océane. La taille du marché, 52 trams, a stimulé la concurrence (quatre constructeurs ont répondu) et du coup, le prix d’une rame Citadis d’Alstom est passée de 2,5 à 2 millions d’euros.

Contraints par la nécessité économique et financière, de plus en plus d’élus de part et d'autre de l'Hexagone vont-ils passer leur appel d'offres "en meute" ? "C’est surprenant que le mouvement ne soit pas déjà développé", s’étonne le même Alain Masson.


Un élu, ça a son égo

En fait, mutualiser ses achats ne se fait pas en un claquement de doigts. Plusieurs conditions égrenées par les pionniers bourguignons et bretons sont nécessaires. Outre la volonté politique, il faut évidemment que les villes soient à peu près synchrones en terme de calendrier. A l’origine, le Havre et Besançon auraient voulu se raccrocher au train de la commande lancée par Brest et Dijon, mais des retards ont fait capoté cette convergence.

Autre condition, "il vaut mieux laisser les égo derrière soi, sachant que le tram constitue un enjeu d’image pour chaque ville", conseille Alain Masson premier vice-président de Brest Metropole Océane.

Enfin, dernier ingrédient important, il faut une petite étincelle produite de l’extérieur pour donner l’impulsion au projet d'achat groupé. Trait d’union de ces exemples, Egis est le mandataire de maîtrise d’ouvrage de toutes les agglomérations citées dans cet article. Pour la société d’ingénierie qui revendique l’origine du rapprochement entre Brest et Dijon en 2008 conclue que  "l’heure est à l’optimisation" et que cette nouvelle pratique "permet de conserver un haut niveau d’exigence et de qualité".

Marc Fressoz