Des milliers de cheminots (2 700 selon la police; 4 000 selon les syndicats) venus de plusieurs pays d'Europe ont manifesté le 24 février devant le Parlement européen à Strasbourg contre un projet de réforme du rail qui vise à ouvrir le trafic ferroviaire à la concurrence théoriquement à partir de 2019.

Cette échéance pourrait être repoussée à 2022 ou 2023 à cause d'une autre échéance, électorale cette fois : le Parlement et la commission devant être renouvelés après les élections européennes de mai 2014. Et par ailleurs, les textes soumis à l'actuel Parlement n'ont pas été avalisés par les Etats membres.

"C'est notre avenir qui est en jeu. La libéralisation est devenue une religion, elle rend les services plus chers et a déjà détruit des milliers d'emplois dans l'UE", a dénoncé à la tribune le Luxembourgeois Guy Grievelding, président de la section rail de la Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF).

L'une des mesures phares de ce "paquet" législatif est la séparation totale des activités de gestion des infrastructures ferroviaires de celles d'exploitation, ce que refusent la Deutsche Bahn (DB) en Allemagne et la SNCF en France qui prépare une réforme de la gouvernance du rail (le projet de loi doit être débattu au Parlement à partir de juin 2014).


"Touche pas à notre rail"

"On est furieux, pas touche à notre rail", proclamait une banderole devant le Parlement, où les manifestants en chasubles fluo ont allumé des fumigènes. Pour Alain, syndicaliste CGT à Mulhouse cité par l'AFP, l'ouverture à la concurrence, notamment de la maintenance, aura de "graves conséquences" sur la sécurité: "tous les jours, on voit le privé faire du travail bâclé. Si ce texte venait à être adopté, je ne prendrai pas le train même gratuit. J'aurai peur qu'on déraille", s'alarme le militant, qui craint par ailleurs la fermeture à terme de nombreuses lignes peu rentables.

"Le Parlement européen ne doit pas prendre exemple sur l'Angleterre qui a pâti de la privatisation de son service ferroviaire", renchérit le Belge Tony Fonteyne, conducteur de train à Gand et membre du syndicat ACOD. L'exmple de la privatisation de British rail qui date des années 80 et qui n'a plus grand chose à voir avec la situation actuelle du chemin de fer britannique est toujours montrée du doigt par les opposants de l'ouverture à la concurrence.

Les cheminots craignent une détérioration des conditions de travail. "En Hongrie, nous étions 150 000 dans les années 60, aujourd'hui nous sommes 40 000 pour le même travail. Nous craignons que ce soit encore pire dans les années à venir", résume Mate Komiljovics, du syndicat VKSZSZ, venu de Budapest avec une dizaine de collègues.

Les manifestants ont aussi cité parmi leurs motifs d'inquiétude un accroissement de la précarité et de la flexibilité du travail.
"Il y aura un regroupement de plusieurs grosses sociétés et on aboutira à un nivellement par le bas" , selon Alain Cambi, secrétaire fédéral de Sud Rail.

N.A. (avec AFP)