Ils se sont croisés à la cérémonie des vœux du le 8 janvier, quelques heures avant le vote définitif du MBTA, l'autorité organisatrice des transports de Boston, et ils se sont soigneusement évités. Jean-Marc Janaillac, patron de Transdev et Jean-Pierre Farandou, son homologue chez Keolis, ont gardé une distance réglementaire.

Car de l'autre côté de l'Atlantique, se jouait une manche importante de la bataille du rail qui opposait les deux groupes français à capitaux publics : celle du RER de Boston. Ils étaient les deux finalistes de l'appel d'offres.

A 16 heures, heure de la côte Est, c'était plié : le contrat était adjugé à l'unanimité au groupement SNCF-Keolis par le MBTA. Bernard Tabary, directeur de l'activité internationale de la filiale de la SNCF s'était envolé le matin même pour participer à la délibération publique.

L'enjeu est de taille, treize lignes de trains régionaux et un contrat de 335 millions de dollars par an (contre 214 millions dans le précédent), sur huit ans, renouvelable. Soit, 2,68 milliards, et 4,3 milliards s'il est renouvelé pour quatre années supplémentaires. Le plus gros contrat de service public dans l'histoire de l'Etat du Massachussets. Keolis va voir son chiffre d'affaires annuel bondir de 163 à 498 millions de dollars par an outre-Atlantique.


Une offre inférieure de 25 millions de dollars

Le contrat comporte l'obligation de reprendre le personnel aux conditions sociales existantes, et prévoit des pénalités plus fortes pour l'exploitant du réseau, indique le MBTA dans son communiqué : douze millions par an contre trois millions en cas de manquement aux engagements de ponctualité, de proprété, de confort (un nouveau matériel roulant doit équiper le réseau, acheté par l'autorité des transports), d'information voyageurs et de collecte tarifaire.
"L'excuse des feuilles mortes sur les voies ou des trains de fret en panne pour expliquer les retards ne sera plus prise en compte dans le nouveau contrat", indique par exemple le MBTA.

Selon son directeur, Beverly Scott, l'offre de Keolis était inférieure de 6% par rapport à celle de Transdev dont les marges étaient plus importantes que celle de son concurrent Keolis. Une offre inférieure de 25 millions de dollars, "C'est ce qui a fait la différence", a-t-il expliqué au Boston Globe. 

La réaction de Transdev ne s'est pas fait attendre : "Avec quel argent, celui des régions françaises, la filiale de la SNCF a-t-elle financé les 600 000 dollars de lobbying à Boston et promis de baisser ses marges dans ce contrat américain ?", s'emporte une source proche du dossier. "Pour garantir une concurrence loyale, il faut ouvrir les lignes TER françaises à la concurrence", poursuit cette même source.

Dans un communiqué virulent du 9 janvier au matin, Transdev interroge "la légitimité d’une entreprise publique dont plus de 60% du chiffre d’affaires est protégé par des monopoles, de s’attaquer à l’international, en sacrifiant ses marges, à un autre groupe français dont la quasi-totalité des contrats est périodiquement soumise à la concurrence".
La filiale de Veolia et de la Caisse des Dépôts qui perd gros à Boston contre le groupement SNCF-Keolis dit accepter l'échec "qui fait partie de la vie d'une entreprise internationale (...) mais ce sont les conditions dans lesquelles cet échec intervient qui posent question" poursuit-elle dans son communiqué.


Nathalie Arensonas