"Depuis la décentralisation des TER en 2002, on a vécu les dix glorieuses, mais aujourd'hui, c'est fini car les régions n'ont plus d'argent. Elles veulent payer leur facture en euros constants, et elles ont raison", a résumé Guillaume Pepy le 20 janvier devant la presse, dans un nouvel exercice d'apaisement face aux élus régionaux qui ne cachent plus leur mécontentement.

Dans leur viseur, la qualité et le montant des services de transport express régionaux (TER) facturés par la SNCF. D'autant qu'après des progressions de trafic à deux chiffres jusqu'au tournant de la décennie, il n'ont dû se contenter que de +2,5% de trafic en 2013. Et les recettes commerciales ne couvrent que 30% du coût réel de ces services ferroviaires.

Dernière poussée de fièvre, celle des élus lorrains venus demander le 15 janvier des explications au patron de la SNCF sur une facture de 265 millions réglée par le conseil régional à la société publique pour 2013. Après une reconstitution des coûts d'exploitation - certes réalisée par une filiale d'un concurrent de la SNCF - il y aurait une différence de 25 millions d'euros entre le coût réel du service TER et la facture de la SNCF.


"Je ne suis pas le VRP de la SNCF"

Accompagné d'Alain Le Vern, son nouveau directeur en charge des régions et des Intercités (il n'est autre que l'ancien président de la région Haute-Normandie), Guillaume Pepy a rencontré mi-janvier à Paris le premier édile lorrain Jean-Pierre Masseret et son vice-président chargé de la mobilité Patrick Hatzig, pour justifier "ligne par ligne" la fameuse facture.

"Nous allons ouvrir les livres comptables, je reconnais à la région le droit de réclamer de la transparence et de demander le meilleur service au meilleur prix : on va travailler sur la facture 2014 et faire le point sur celle de 2013, fournir des informations ligne par ligne (amortissement du matériel roulant et de la maintenance, roulements, conduite, énergie par exemple, ndlr)", détaille Alain Le Vern recruté par Guillaume Pepy pour calmer le jeu avec les régions.

"Ceux (la CFTA, filiale de Transdev, ndlr) qui ont fourni ce chiffre de 25 millions d'euros n'ont rien démontré, s'emporte Alain Le Vern, interrogé par MobiliCités. J'ai proposé à Jean-Pierre Massenet de mettre les choses à plat et d'avoir un discours de vérité sur les prix. S'il veut baisser la facture des TER de 5, 10 ou 15%, nous accosterons à la hauteur du montant voulu par les élus", assure t-il.
"Nous ne faisons pas de marchandage, ce que nous voulons, c'est le juste prix pour le service rendu, rétorque Patrick Hatzig. Nous sommes persuadés que la facture de la SNCF n'est pas en rapport avec le service rendu, à elle de justifier ses coûts, ligne par ligne. On a obtenu de Guillaume Pepy que son entreprise joue la transparence, c'est nouveau", constate l'élu lorrain.

"Je leur reconnais le droit de réclamer plus de visibilité et de ce côté-là, la SNCF a des progrès à faire", reconnaît Alain Le Vern qui se défend d'être le VRP de la SNCF auprès des régions. 


"Notre obsession, c'est la concurrence"

Alors, le nouveau modèle TER promis par le patron de la SNCF, c'est quoi ? C'est tout simple : "Une facture qui n'évolue pas. Avant, c'était toujours plus, à partir d'aujourd'hui, c'est au moins autant de service public mais à un coût inférieur pour la collectivité locale (...) Les contrats de la SNCF seront en euros constants, augmentés de l'inflation, et c'est tout", explique Guillaume Pepy.

Se disant obsédé par la concurrence, même si elle n'est pas inscrite dans le projet de loi de réforme ferroviaire qui doit être discuté devant le Parlement en juin, même si la SNCF est toujours protégée par son monopole, et même si le Parlement européen tarde à finaliser son 4e paquet de mesures ferroviaires qui imposerait une date limite aux Etats membres pour libéraliser leur marché ferroviaire (en 2019 ou en 2022), Guillaume Pepy prépare ses troupes. Avec Alain le Vern à la manœuvre. 

Ensemble, vont-ils convaincre les élus lorrains ? Et surtout, ne craignent-ils pas que d'autres régions se mettent à éplucher les comptes ? "Je ne le crains pas, je le souhaite", assure Alain Le Vern. 

Nathalie Arensonas