"Le gouvernement se rend compte que cela devient un problème électoral", a ironisé Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate UMP à la mairie de Paris, à une semaine du premier tour des municipales (23 mars). La veille, elle parlait de "cache-misère", tandis que le Front de gauche et les écologistes d'EELV exprimaient leur satisfaction face à cette mesure, par ailleurs très mal vue des associations d'automobilistes et de motards.
Pour l'Automobile Club Association, la décision de réactiver la circulation alternée - mesure inédite depuis 1997 - est "précipitée, inefficace" et "va surtout générer la pagaille".

"Co-motorage"

Inclure les deux-roues motorisés est "stupide", s'énerve aussi la Fédération française des motards en colère, qui appelle les propriétaires de motos et de scooters à "la résistance" et leur propose de partager leur selle, en pratiquant le "co-motorage".
La ministre de la Santé Marisol Touraine a balayé les critiques, estimant que "pour la première fois un gouvernement assume ses responsabilités".
A partir de 5h30 lundi 17 mars, sauf dérogations, seuls pourront circuler les véhicules portant une plaque d'immatriculation impaire. La mesure, annoncée par Matignon pourrait être prolongée mardi 18 mars.

22 ou 35 euros

Sept cents policiers ont été mobilisés pour surveiller les véhicules en mouvement dans la capitale et 22 communes limitrophes. Les conducteurs de véhicules en infraction ont dû s'acquitter d'une amende : 22 euros si elle est réglée immédiatement, 35 euros au-delà de trois jours. Ils étaient invités à regagner leur lieu d'origine, faute de quoi leur véhicule était immobilisé.
Les transports publics sont restét gratuits, jusqu'à la levée de la circulation alternée lundi 17 mars à minuit. La SNCF et la RATP ont déployé "plus d'un million de places supplémentaires sur certaines lignes de métro, de RER et de Transilien", a annoncé dans un communiqué le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier. Le stationnement était lui aussi gratuit à Paris pour les voitures à l'immatriculation paire.

Les dérogations ont concerné les véhicules électriques ou hybrides, autorisés à circuler quel que soit leur numéro d'immatriculation, de même que les voitures avec au moins trois personnes à bord, les voitures auto-écoles et les taxis. Les poids lourds étaient interdits à l'exception des véhicules d'urgence, camions frigorifiques, engins de chantier, véhicules de nettoiement etc.

Bilan

La Ville de Paris a annoncé lundi 17 mars au soir la fin des mesures de gratuité, se félicitant de leur succès : "Les Parisiens auront largement utilisé pendant ces cinq derniers jours les moyens de transport non polluants rendus gratuits par la Mairie de Paris: hausse de 33% des locations d'Autolib (du 13 au 16 mars)", et "augmentation de 61% du nombre de tickets Vélib de courte durée (24h) délivrés sur les 4 premiers jours de gratuité (du 13 au 16 mars)", affirme la Ville dans un communiqué.

"La mobilisation volontariste de l'Etat, de la région Ile-de-France et de la Ville de Paris couplée au civisme des Franciliens et aux améliorations météorologiques ont permis de contenir les effets de cet épisode de pollution", se réjouit-elle.

De leur côté, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault estime que l'effort a été "accepté" et le ministre de l'Ecologie Philippe Martin a salué "le civisme et la coopération des Franciliens": "90% des véhicules en circulation dans la capitale avaient une plaque impaire". Il a relevé que "les craintes de pagaille et de blocage de Paris nées du souvenir de 1997 ne se sont pasconfirmées, bien au contraire".

Selon un communiqué de la préfecture de police de Paris publié le 17 mars au soir, les "effets bénéfiques" de cette mesure sur le trafic ont été constatés, dans la capitale (-25% sur la journée) comme sur les voies d'accès à celle-ci (25% à 30% de baisse selon les axes), les ralentissements aux portes de Paris diminuant de 60% sur la période de pointe du matin.

Dimanche 16 mars, les 50 microgrammes déclenchant le seuil d'information a été dépassés dans une bonne trentaine de départements. Les particules en suspension dans l'air peuvent provoquer de l'asthme, des allergies, des maladies respiratoires ou cardiovasculaires, et les plus fines d'entre elles ont été classées "cancérogènes certains" par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).