Pour le Réseau Action Climat, c'est un faux départ. "Un jour seulement après avoir pris la tête du ministère, Ségolène Royal décide de remettre à plat le dispositif de l’écotaxe poids lourds, appelant à l’examen d’autres possibilités pour dégager les financements nécessaires au soutien des infrastructures de transport, notamment des alternatives à la route et à l’aérien", s'inquiète l'association de défense de l'environnement (1) dans un communiqué.

"Tant que l'écotaxe n'aura pas été mis en place, les coûts des externalités du transport routier seront supportés par la collectivité toute entière", selon Lorelei Limousin, chargé de mission climat transport au Réseau Action Climat (RAC).

Pour l'association, l'écotaxe est "incontournable pour atteindre l'objectif de report modal fixé au niveau national (25% de fret non routier en 2022) alors que le fret ferroviaire subit une concurrence très forte du transport routier qui bénéficie de nombreux privilèges (diminution de la taxe à l'essieu, remboursement de taxe sur le gazole, autorisation des 44 tonnes sur les routes françaises), insiste-t-elle.

Les transports collectifs, grands perdants de l'histoire

Et les transports en commun sont "les grands perdants" de l'histoire, relève l'association. Dénonciation déjà faite par les opérateurs au moment de la suspension de l'écotaxe décidée à l'automne 2013 par le précédent gouvernement pour tenter de calmer les ardeurs des Bonnets rouges.

Cette suspension "a conduit au gel de l'appel à projet de transports collectifs, punissant ainsi de nombreux citoyens qui préfèreraient avoir le choix et prendre les transports en commun", relève le Réseau Action Climat suite aux déclarations de la nouvelle ministre de l'écologie.
"L’écotaxe poids lourds n’est pas un impôt punitif", contrairement aux propos tenus par Ségolène Royal, n°3 dans le nouveau gouvernement. C’est l’absence de sa mise en place qui revient de fait à pénaliser l’ensemble des citoyens au nom de la préservation des intérêts d’une partie d’entre eux", selon Lorelei Limousin.

Voir moins rouges ?

De leur côté, les Bonnets rouges vont-ils voir moins rouge ? L'un de leurs leaders, Christian Troadec (maire DVG de Carhaix) s'est dit "prudent" après les déclarations de Ségolène Royal. Ils réclament toujours la suppression définitive de l'écotaxe en Bretagne. Celle-ci est estimée à près de deux milliards d'euros : 800 millions d'euros de manque à gagner (par an (cet argent devait entre autres servir à subventionner plus de 100 projets de transports collectifs urbains, des lignes TGV et des routes), et un milliard de dommages à intérêts à Ecomouv', la société qui a installé les portiques de collecte et les boîtiers embarqués à bord des camions.

"On reste sur le même mot d'ordre", a-t-il indiqué à l'AFP, réclamant "des moyens et des outils supplémentaires" pour que la Bretagne puisse se doter de nouvelles infrastructures et développer son économie. "Tout ça passe par la voie de la régionalisation", ajoute-t-il. Une conférence de presse est organisée le 4 avril au matin à Quimper pour présenter une lettre adressée au président Hollande afin de lui rappeler les 11 revendications et propositions présentées lors des États généraux de Bretagne le 8 mars à Morlaix.

Nathalie Arensonas

(1) Le RAC regroupe 18 organisations nationales de défense de l’environnement, d’usagers des transports, de promotion d’alternatives énergétiques et de solidarité internationale.