Lancer automatiquement un appel de détresse en cas d'accident, ouvrir les fenêtres du véhicule depuis son smartphone, créer un hot-spot Wifi à l'intérieur de l'habitacle, accéder à Facebook ou YouTube depuis l'écran du tableau de bord … Voici quelques uns des usages permis par la "voiture connectée". Son principe est simple : ajouter une connexion mobile au véhicule, afin qu'il puisse communiquer avec le reste du monde. La voiture devient alors "intelligente".

Et ce serait un marché très prometteur, conclut la dernière étude* de l'Idate, institut européen spécialisé dans l'économie numérique. "En 2018, 420 millions d'automobiles seront connectées dans le monde, représentant une croissance annuelle de 57% par rapport au 45 millions de véhicules connectés en 2013", prédit l'institut de Montpellier. Quant aux revenus liés à cette connectivité des voitures, ils devraient atteindre huit milliards d'euros d'ici quatre ans. Devant un tel potentiel, l'industrie automobile fourbit ses armes. "La stratégie de la plupart des constructeurs est aujourd'hui de rendre leurs voitures connectées", explique Samuel Report, chef de projet de l’étude.

La réglementation européenne va doper le marché

Depuis deux à trois ans, un nombre grandissant de véhicules haut de gamme intègrent déjà des fonctions de voitures communicantes. Mais selon l'Idate, un coup d'accélérateur sera bientôt donné en Europe. "La réglementation européenne eCall, attendue pour la fin 2015, va imposer aux constructeurs de rendre leurs voitures connectées. L'objectif est qu'elles puissent envoyer automatiquement un appel de détresse en cas d'accident", poursuit Samuel Ropert. "Cette réglementation va mécaniquement pousser le marché de la voiture connectée en Europe". Une réglementation comparable est également en cours d'élaboration au Brésil et en Russie, précise l'expert.

Des packages incluant des services payants

Les systèmes d'appel d'urgence eCall seront gratuits a décidé la Commission européenne. Mais pour les constructeurs, leur intégration aura un coût. Afin de participer au financement de cette mise à jour obligatoire, l'industrie automobile prépare des offres packagées, incluant en plus du service eCall, des services payants.

Deux grandes familles d'applications payantes sont prévues. La première englobe tout ce qui relève du divertissement. La connexion mobile du véhicule permet par exemple de consulter ses comptes Facebook ou Twitter, ou encore de regarder des vidéos sur YouTube via les écrans intégrés dans le véhicule.

La deuxième famille d'applications regroupe les services d'aide à la navigation et de sécurité. Le conducteur peut par exemple recevoir des informations sur les conditions de trafic, les chantiers en cours, les accidents signalés ou la vitesse autorisée. "Ces offres devrait être proposées à environ une dizaine d'euros par mois, selon les services qu'elles couvrent et la gamme du véhicule", prédit Samuel Ropert. Néanmoins, la principale interrogation reste la capacité des utilisateurs à payer pour de tels services, tempère l'Idate.

Une aubaine pour les opérateurs mobiles

Ce qui est certain, c'est que la voiture connectée représente une nouvelle source de revenus pour les opérateurs mobiles. "Même si cela reste invisible pour le client final, les constructeurs automobiles doivent passer des accords avec les opérateurs mobiles pour connecter leurs véhicules. Et ils doivent les payer pour ce service", souligne Samuel Ropert.

Les accords en ce sens se multiplient. Le britannique Vodafone a signé avec BMW en 2012. En 2014, l’espagnol Telefónica a signé avec Volkswagen et l'américain AT&T avec son homologue General Motors. "Dans un contexte où leurs revenus mobile traditionnels sont faibles et déclinent même dans certaines régions du monde, fournir une connectivité mobile dans les voitures constitue une opportunité de générer des nouveaux revenus pour les opérateurs, la voiture pouvant être vue comme un appareil cellulaire additionnel", conclut l'Idate.

Rappelons que la France est en première ligne sur le sujet. En 2015, l'Hexagone accueillera le plus large test de voitures connectées d'Europe. Plus de 3 000 voitures communicantes seront lâchées sur 2 000 kilomètres de routes. Elles seront notamment connectées entre-elles afin par exemple de signaler automatiquement des obstacles rencontrés sur la chaussée. L'objectif est de comprendre comment ces solutions peuvent modifier en profondeur toute la chaîne d'intervention et de gestion du trafic, ainsi que l'information routière.

* Etude "Connected cars" du 10 avril 2014, publiée par l'Idate

Christophe Guillemin