"La grève est venue percuter le mouvement de reprise de la croissance", a commenté Mathias Emmerich, directeur général adjoint de la SNCF en charge des finances (). Ainsi, le chiffre d’affaires (CA) a quasi stagné au premier semestre 2014, à 16 milliards d’euros (+0,8%) à périmètre et change constants. La marge opérationnelle a reculé de 229 millions d’euros, dont 170 millions liés aux perturbations du trafic, soit l’équivalent de dix trains tout neufs pour l’Ile-de-France, selon Guillaume Pepy, p-dg de la SNCF. Le groupe enregistre, un résultat net en fort recul à 224 millions d’euros (-643 millions par rapport à la même période en 2013).


La SNCF estime à 208 millions d’euros la baisse de recettes due à la grève des cheminots au mois de juin 2014. Sans surprise, c’est la branche SNCF Voyages qui a été le plus affectée, avec un chiffre d’affaires en recul de 3,1% à périmètre et change constants. Sans ces perturbations qui ont duré une dizaine de jours, la SNCF annonce qu’elle aurait enregistré une croissance de son CA de 2,1%, et son activité de transport ferroviaire de marchandises aurait été en hausse pour la première fois depuis 2007.


Même si SNCF Proximités voit son chiffre d’affaires progresser de 2% à périmètre et change constants, le trafic voyageurs est en recul… en raison de la grève. Le nombre de voyageurs-kilomètres baisse de 0,7% sur le Transilien, de 3,4% sur les TER et de 4,3% sur les Intercités. En revanche, le transport de marchandises via SNCF Geodis voit son chiffre d’affaires croître de 0,6% (4,385 milliards), et sa marge opérationnelle progresser de 3,2 à 4,2%. Cette activité progresse à l’international de 4% (+7,7% hors Europe) et compense la baisse de 2,7% en France.


De son côté, SNCF Infra bénéficie toujours du programme de renouvellement et de modernisation du réseau ferroviaire, en particulier en Ile-de-France : chantier Eole, RER Nord B, C, D et Tangentielle Nord. Son chiffre d’affaires enregistre une croissance de 3,4% à 2,593 milliards d’euros.
De même, l’activité de Gares & Connexions fait un bond de 9% (137 millions d’euros) en raison notamment du développement des redevances des commerces (espaces publicitaires et parking notamment).

Les activités de SNCF à l’international progressent de 5,6% malgré des taux de change défavorables. En particulier, sa filiale Keolis, croît de 14% hors de France (6,8% au global). Une progression qui devrait se poursuivre avec l’exploitation du réseau ferroviaire de Boston démarrée en juillet 2014, et le gain de plusieurs marchés : franchise Thameslink Southern et Great Northern en Grande-Bretagne ; exploitation du métro automatique des Docklands de Londres ; exploitation et maintenance du futur tramway de la région de Waterloo au Canada…

Malgré une conjoncture économique atone, la SNCF poursuit ses efforts d'investissement : 95 millions d’euros supplémentaires au premier semestre 2014 à 1,097 milliard d’euros. Près de 70% de cette somme est consacrée au matériel de transport, le reste sert à financer l’aménagement et la modernisation des gares, les centres et ateliers de maintenance, le matériel d’entretien des voies et ouvrages d’art, et les systèmes d’information.

Même si l’endettement est en baisse à 7,8 milliards d’euros, le p-dg de la SNCF, Guillaume Pepy, a indiqué que la SNCF allait amplifier les économies afin d’effacer les deux tiers de l’impact de la grève : frais de structure, provisions de congés non pris, investissement, dividendes des salariés…

Surtout, le groupe va s’attaquer à "la fragilité des modèles économiques TGV et Intercités", dixit Mathias Emmerich. Pour le premier, le modèle Ouigo, l’offre low cost de la SNCF sur ses TGV, semble privilégiée. Plus globalement, Guillaume Pepy a indiqué que l’entreprise allait davantage jouer sur les tarifs. La SNCF expérimente des baisses de 15 à 20% sur les premiers prix des billets TGV en Bretagne. "D’ici trois quatre ans, il faut qu’il y ait un billet sur trois qui soit un billet à tout petit prix", a précisé son p-dg. Les hausses de tarifs ne sont de toute façon plus dans l'air du temps : le secrétaire d'Etat aux Transports, Frédéric Cuvillier, a annoncé, fin juillet, qu'il n'y aurait pas de hausse des tarifs de la SNCF au mois d'août...
Quant aux Intercités, SNCF souhaite revoir la convention qui la lie avec l’Etat. Mathias Emmerich explique que le groupe souhaite reprendre la contrôle afin "d’avoir une gestion plus active et d’envisager des ajustements de dessertes (…) en meilleure articulation avec TGV, les TER voire certains basculements pertinents vers le bus".