Fin d'été faste pour le tramway avec trois inaugurations de nouvelles lignes en un seul week-end. La plus médiatisée, celle de Besançon, a eu lieu le 30 août. Le même jour, l'agglomération du Mans inaugurait, toujours en fanfare, sa deuxième ligne. Pour Aubagne, pas véritablement d'inauguration juste une conférence de presse, le 29 août, et une sobre mise en service le 1er septembre. Il est vrai que Sylvia Barthélémy, la nouvelle présidente de l'agglomération qui avait fait campagne contre le tramway, ne pouvait guère se réjouir d'inaugurer une ligne croupion de 2,7 kilomètres allant de la gare à l'Ouest de la ville, et qui ne sera pas prolongée vers le centre-ville.

Il n'empêche, dans le dossier distribué à la presse, l'agglomération Aubagnaise explique qu'elle fait du développement des transports publics un "axe important de son action" : "La haute qualité des transports est en effet un atout pour l'attractivité du territoire, son développement économique, touristique et culturel."

Mais, quelles performances attendre d'une ligne aussi courte qui ne sera pas prolongée vers le centre-ville comme le voulait la précédente majorité ? En lui affectant une nouvelle fonction, a décidé Sylvia Barthélémy : la desserte de cinq communes (60 000 habitants) situées au nord de l'agglomération par la réutilisation d'une emprise ferroviaire désaffectée le long de la Valdonne. Ce projet baptisé Val'tram offrira "une alternative à la voiture et permettra de lutter contre l'engorgement des axes routiers" expliquent les responsables de l'agglomération.

Quant à la desserte de l'Est de l'agglomération et de la zone d'activités de la Palud où se concentrent 12 000 emplois elle sera assurée par une ligne de Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) au départ de la gare. Mais contrairement au projet de tramway cette ligne ignorera superbement le centre-ville. A moins que l'étude de faisabilité et d'impact portant sur son tracé et dont on connaitra les résultats fin 2014 ne change la donne.

Pas qu'un moyen de transport

Au Mans, pas de circonvolutions de ce type. L'agglomération, satisfaite des résultats de fréquentation de sa première ligne inaugurée en 2007 (14 millions de voyages en 2013), a mis en service le 30 août une seconde qui a nécessité la construction de trois kilomètres de ligne nouvelles. Il faut dire que le tramway a métamorphosé la ville, ce qui fait dire à son maire, Jean-Claude Boulard, que "le tram n'est pas qu'un moyen de transport." A Besançon Jean-Louis Fousseret a gagné son pari de réaliser le tramway le moins cher de France et ouvert la voie aux villes moyennes.

Enfin pour compléter ce tableau, d'ici la fin de l'année, l'Ile-de-France mettra en service deux nouvelles lignes de tramway T6 et T8, ce qui portera à 100 kilomètres un réseau francilien. De quoi transporter plus d'un million de voyageurs quotidiennement.

Avenir incertain

Si le présent du tramway est au beau fixe, l'avenir apparaît plus incertain. Les municipales ont porté un coup fatal au projet d'Amiens. A Avignon, la décision de poursuivre ou d'abandonner devrait être prise dans quelques mois. Tout comme à Caen. Rien de plus normal pour qui accepte les règles du jeu démocratique.

Ce qui est plus inquiétant, c'est l'assourdissant silence gouvernemental concernant la mise en œuvre du troisième appel à projets mobilité durable doté de 450 millions d'euros. Il y a un an tout juste, une soixantaine de collectivités déposaient 111 projets de transport en commun éligibles à cette aide de l'Etat dont une quinzaine de lignes de tramways. Le choix final devait avoir lieu en décembre 2013, mais l'abandon de l'écotaxe poids lourds, qui était censée financer ces nouvelles infrastructures, a bloqué le processus. Et l'on ne voit pas comment il pourrait être relancé avec un Etat financièrement exsangue qui va baisser ses dotations aux collectivités locales de 11 milliards entre 2015 et 2017.

Pourtant, dans le discours qu'il a prononcé à la Fédération nationale des élus socialistes et républicains (FNSER) le 28 août à La Rochelle, Manuel Valls a rallumé une pointe d'espoir en déclarant "j’annoncerai dans les prochaines semaines de nouvelles mesures pour accompagner vos initiatives et vos projets, notamment la compensation de la perte de recettes prévues dans le dispositif Ecotaxe."