"Avec 170 jours dans l’année déjà dézonés (1), 50% du chemin est déjà fait, admet Mounir Satouri, président du groupe EELV au Conseil régional d’Ile-de-France. Les élus socialistes préfèrent voir le verre à moitié plein, nous préférons le voir à moitié vide". Car, à un peu plus d’un an des élections régionales, les élus écologistes demandent la mise en œuvre, en 2015, d’une promesse de campagne qui figure dans le contrat de mandature passé entre les deux tours entre le PS et EELV. L’idée est de mettre en place un passe Navigo unique aligné sur le prix de la zone 1-2, "pour que ce soit gagnant-gagnant pour tous les franciliens". En clair, 70 euros environ par mois en 2015.

Pourquoi instaurer le passe Navigo unique ?

"C’est une mesure de justice territoriale", plaide Mounir Satouri. Les habitants de la grande couronne (zone 1-5) paient un abonnement à 113,20 euros par mois alors que l’offre et la qualité de transport, sont moindres. Une triple peine si l’on inclut les distances parcourues pour se rendre à leur travail. "Le passe Navigo unique représenterait un gain de pouvoir d’achat pour les salariés", ajoute Mounir Satouri. Ceux-ci ne paieraient plus que 35 euros par mois (sur 70 euros) au lieu de 56,60 euros. Idem pour les entreprises qui rembourseraient 21,60 euros de moins par employé.
D’un point de vue écologique, il s’agit de favoriser le report modal. 38% de franciliens se disent prêts à réduire leurs déplacements motorisés, et 31% à prendre un passe Navigo, selon un sondage Harris Interactive de 2013.
Au final, la mesure favoriserait les déplacements et bénéficierait à tous, parisiens comme habitant de la grande couronne. Les premiers résultats montrent, par exemple, une augmentation de la fréquentation des bases de loisirs de 20 à 30% selon les élus EELV du Conseil régional d’Ile-de-France.

Combien ça coûte ?

500 millions d’euros par an est le premier chiffre avancé par le Stif (Syndicat des transports d'Ile-de-France) sur la base d’un nombre d’usagers égal. Aujourd’hui, expérience du dézonage sur 170 jours par an oblige, celui-ci ramènerait le coût global de la mesure à 420 millions d’euros.
Or, les élus EELV du Conseil régional font valoir que les 170 jours déjà dézonés et déjà financés coûtent 47,4 millions d’euros par an ; la carte Imagin’r, déjà financée, représente 54 millions d’euros ;  et les passes Navigo de proximité (zones 4/5 ou 3/4 par exemple) n’ont plus de raison d’être avec le passe Navigo unique, cela permet d’économiser 20 millions d’euros.
Au final, il ne resterait qu’un peu moins de 300 millions d’euros à trouver pour passer au dézonage intégral.

Comment financer la mesure ?

Par des recettes nouvelles. Les élus EELV plaident pour une augmentation de 0,2% du versement transport uniquement pour les entreprises de la zone 1-2, estimant que ce sont ces entreprises qui bénéficient le plus du réseau de transports en commun et des investissements réalisés dans le cadre du Grand Paris. A elle seule, cette mesure permettrait, selon Mounir Satouri, de financer le passe Navigo unique.

Quels obstacles à sa mise en œuvre ?

Mounir Satouri est convaincu que le président de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon est favorable à la mise en œuvre du passe Navigo unique. En revanche, le gouvernement est opposé à toute augmentation du versement transport. Dans un courrier daté du 5 août 2014, celui-ci s’oppose à la "demande d’un transfert de la maîtrise du versement transport à la région afin d’en accroître le produit" (…) la relance de l’activité économique et la lutte contre le chômage impliquent de réduire les charges pesant sur les salaires."
Les députés EELV ont quand même déposé un amendement sur le versement transport dans le projet de loi de finances 2015 dont l’examen démarre le ce 14 octobre 2014.

Quelles autres recettes possibles ?

Les Elus EELV du Conseil régional évoquent l’abaissement de la TVA de qui pèse sur les transports. Si elle était ramenée de 10% à 7%, la région dégagerait 80 millions d’euros, 150 millions si elle revenait au taux initial de 5,5%.
Autre source de recettes nouvelles, la modulation de la part régionalisée de la TCIPE (taxe intérieure de consommation des produits énergétiques). Le montant perçu par la région est, aujourd’hui, plafonné à 2,5 centimes d’euros par litre de carburant. Un doublement du plafond permettrait de dégager 140 millions d’euros selon les élus EELV.
Parmi les autres possibilités envisagées, taxer davantage le diesel en augmentant, par exemple, la fiscalité de 5 centimes d’euros par litre, la mesure rapporterait alors 230 millions d’euros à la région Ile-de-France.
Autre piste de fiscalité écologique à l’étude, une taxe sur les parkings des grandes surfaces commerciales…

Les Elus EELV du Conseil régional font valoir que le passe Navigo unique est attendu par les franciliens. 79% d’entre eux y adhèrent, selon un sondage Harris Interactive réalisé en 2013. Surtout, les élus écologistes n’imaginent pas revenir devant les électeurs sans avoir tenu leur promesse électorale… "sinon, la politique n’a plus de sens", insiste Mounir Satouri. La pression est désormais dans le camp des élus PS.

(1) Le passe Navigo est déjà dézoné les week-ends, jours fériés, les petites et grandes vacances scolaires, soit 170 jours par an.
En outre, les zones 8, 7 et 6 ont été supprimées, et les tarifs en zone 5 gelés.