C’était dans l’air depuis des mois, c’est à présent officiel. La Direction générale des infrastructures, du transport et de la mer (DGITM) du ministère du Transport change de tête. Le poste était occupé, depuis sa création en 2008, par Daniel Bursaux,

Le gouvernement a trouvé un autre poste à Daniel Bursaux qui quitte donc les Transports pour devenir le directeur général de l’IGN, l’Institut national de l’information géographique et forestière.

Son successeur à la DGITM, nommé en conseil des ministres le 5 novembre 2014, s’appelle François Poupard. Ancien directeur de cabinet adjoint du ministre des transports Frédéric Cuvillier, il a occupé cette fonction assez brièvement de juin à décembre 2012. L'entente avec le directeur de cabinet du ministre, Emmanuel Kessler, peu partageur du pouvoir, était difficile.

Après cette expérience, François Poupard est parti diriger Eaux de Paris, l’opérateur public qui a concrétisé la municipalisation de la gestion de l’eau de la capitale.

Cet ingénieur en chef des ponts des eaux et forêts de 48 ans entre en 1992 au ministère du Transport, du Logement et de l’Equipement. Il débute au Logement puis bifurque vers le Transport en 1999. Il gravit les échelons avant de prendre la tête de la Direction interdépartementale des routes d’Ile-de-France de 2006 à 2008.

Puis, le technicien connaît une première expérience politique à la Mairie de Paris. De 2008 à 2012, il suit au cabinet de Bertrand Delanoë les questions d'urbanisme, de déplacements et de propreté avec notamment avec le lancement d’Autolib'.

A la tête de la DGITM, qui sur le papier est l’une des plus puissantes direction du ministère de l’Ecologie, il va devoir remettre sur pied l’autorité d’une entité affaiblie par la mauvaise tournure prise par certains dossiers phares. François Poupard a, a son actif, sa contribution à faire accoucher la réforme ferroviaire.

Quel bilan retenir du septennat de Daniel Bursaux qui a réussi à durer à ce poste compliqué sous la droite et sous la gauche ? Jean-Louis Borloo, Dominique Bussereau, Nathalie Kosciusko-Morizet, Thierry Mariani, Frédéric Cuvillier, Ségolène Royal, Alain Vidalies… la liste des ministres aux politiques parfois contradictoires qu’il a servis est longue.

Architecte depuis l’origine du système de l’écotaxe, géré sous ses ordres par la mission tarification, Daniel Bursaux paie le désastre de ce système de partenariat public-privé que les politiques ont validé les yeux fermés sans en mesurer la portée.

La DGITM a finalement mal vécu le schéma inédit qu’elle a mis en place. La négociation du contrat a consisté à multiplier les tracasseries vis-à-vis d’Ecomouv' comme autant de signes de défiance de l’Etat à l’égard du privé, au pont d’aboutir à "une usine à gaz". C’est le terme utilisé à plusieurs reprises par les membres de la commission du Sénat chargés au premier semestre 2014 de décortiquer le contrat Ecomouv'. Au cours d'une audition, les rapporteurs avait placé Daniel Bursaux sur le grill, reprochant à la DGITM une erreur de départ de 300 millions dans l'estimation des coûts d’installation de l’écotaxe.

Un autre dossier plus sectoriel, mais significatif de l’affaiblissement de l’Etat, a valu à Daniel Bursaux de s’attirer les foudres des professionnels du transport combiné. C’est l’incroyable tour de passe-passe sur les aides annuelles aux entreprises du secteur rail-route (Novatrans, T3M, Naviland, Combiwest) et fluvial. Elle a consisté à faire espérer à celles-ci des subventions 2013 que les entreprises n’ont jamais pu inscrire dans leur exercice de l’année dernière.

Les aides dites “2013“, réduites à moins de 20 millions d’euros au lieu de 30, sont seulement en cours de versement en cette fin 2014…“ Résultat, une année de gagnée pour l’Etat. Et au bout du compte, une défiance accrue de la part des entreprises vis-à-vis de la technostructure.

"Comment avoir confiance dans la parole de l’Etat qui d’un côté ne jure que par le report modal et de l’autre nous affaiblit ?", interroge ce professionnel du transport combiné.

L’interminable accouchement de l’autoroute ferroviaire atlantique, autre usine à gaz gérée par la DGITM pour répondre à une demande des ministres, illustre aussi le rôle ambigu de cette direction très politique. Doit-elle par son expertise contrebalancer les desiderata des politiques ou bien échafauder à tout prix des justifications techniques à leur lubies pour leur complaire ?

Difficile de savoir si le patron de la DGITM a cru foncièrement à cette autoroute ferroviaire qui nécessite 400 millions d’euros d'investissement, ou s'il a poursuivi sans conviction le processus en espérant que le dossier finisse un jour par s’effondrer... après des centaines d’heure gaspillées en réunions de travail.

Marc Fressoz