"Nous nous sommes aperçus que nous avions déjà des actions qui se rattachaient à la norme ISO 26000. En réalité, nous faisons tous de la RSE !, a résumé Laurence Vercucq, directrice QSE chez Keolis Bordeaux. En fait, cette norme peut devenir l’ossature du fonctionnement d’une entreprise." L’Union des transports publics et ferroviaires (UTP) a organisé, le 5 février à Paris, une demi-journée d’information sur la norme ISO 2600 relative à la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) qui a rassemblé près d'une centaine de participants.

Cette manifestation avait pour but de permettre aux opérateurs du transport de voyageurs de s’approprier cette norme internationale qui s’applique à tous les secteurs d’activité, et de comprendre qu’elle est à la portée des petites structures comme des plus grandes. "Il n’est pas conseillé de se lancer dans des actions tous azimuts, ni à l’inverse de sous-investir sous prétexte qu’il existe déjà des agréments, des accords ou des démarches locales. L’objectif final est de parvenir à une satisfaction de l’autorité organisatrice", a précisé Eric Terrier, président du groupe de travail ISO 2600 de l’UTP et directeur environnement chez Transdev.

La norme ISO 2600 s’articule autour de 7 thématiques (qui se déclinent, au total, en 36 domaines d’action) : outre la gouvernance de l’entreprise, les relations et conditions de travail, l’environnement, la loyauté des pratiques, les questions relatives aux consommateurs, la communauté et le développement local et les droits de l’Homme. L’UTP fait partie des premières organisations professionnelles à publier un guide pratique de la norme ISO 26000 appliquée à son secteur d’activité. L'ouvrage détaille les enjeux de chacun des 36 domaines d’action, et donne des exemples d’initiatives à mettre en place (consulter ).


Les thématiques déclinées en 36 domaines d'action (Source : UTP)


Pour cette demi-journée d’information, l’organisation professionnelle avait réuni plusieurs représentants de groupes de transports et de réseaux venus témoigner de leur retour d’expérience sur cette norme de recommandation et non de certification. Ainsi, CarPostal France a expliqué comment le groupe s’était lancé dans la démarche de labellisation RSE Lucie obtenue fin janvier : "L’idée est d’abord de faire reconnaître les actions qui existent déjà. Cette démarche est évaluée par Afnor Certification. Ensuite, nous nous engageons sur plan d’actions de progrès dans les différents domaines. C’est une démarche très engageante", a expliqué Véronique Grégoire, chef de projet qualité et RSE chez CarPostal France.

Le groupe a fait le choix du label Lucie car l’autoévaluation y est recommandée : "Ainsi, tout le monde est impliqué – le siège comme les 14 sites. Cela permet de faire émerger les bonnes pratiques et cela montre surtout que des indicateurs extra-financiers contribuent à la performance de l’entreprise", a-t-elle ajouté. Même écho du côté de Keolis Bordeaux qui a choisi le label AFAQ 26 000. "La pré-évaluation nous a situé au niveau 2 [sur 4]. A partir de maintenant, nous entrons dans une boucle d’amélioration continue. Les rencontres avec les représentants des autres réseaux permettent, notamment, d’échanger sur les bonnes pratiques", a expliqué Laurence Vercucq.

Première étape, identifier "les parties prenantes", c’est-à-dire les individus et groupes ayant un intérêt dans les activités ou décisions d’une organisation. Ainsi, la SNCF a cartographié ses "partenaires" : salariés, actionnaires, associations de consommateurs, représentants des autorités organisatrices, RFF, associations professionnelles, partenaires de la société civile... Puis, le groupe les a consultés afin d’identifier l'ensemble de leurs enjeux prioritaires. Enfin, la SNCF a confronté ses propres enjeux à ceux de ses partenaires. "Aujourd’hui, nous réfléchissons à mettre en place un comité des parties prenantes afin de continuer à prendre en compte leurs priorités dans nos politiques RSE", a expliqué Carole Escolan Zeno, chargée de mission RSE à la SNCF.


Les parties prenantes d'un opérateur de réseau de transport public (Source : UTP)

Parmi les exemples de démarche RSE en matière RH figurent les transports du Val d’Oise (TVO), filiale de Transdev. Au début des années 2000, le réseau est ingérable en raison notamment de mouvements sociaux à répétition. Une démarche de management RSE est initiée en 2008. L’objectif est de faire de TVO, une entreprise où il fait bon travailler. "La norme ISO 26000 n’est pas une finalité en soi. Cela a été, pour nous, un moyen de faire participer tous les services dans la reconnaissance des parties prenantes. C’est une démarche interne de motivation des salariés", a expliqué Alain Moubarak, directeur de TVO.
Aujourd’hui, TVO a atteint un niveau de maturité de 3 sur 4, et elle a réussi à recréer un climat de discussion avec les organisations syndicales. Pour 2015, chaque responsable de service doit trouver une action forte à mener. Par exemple, les RH ont eu l’idée de créer un "1% logement pour les crèches". Côté service client, les usagers qui ont fait des réclamations, sont invités à une journée portes ouvertes au dépôt pour découvrir le réseau et les difficultés.

Des son côté, la RATP a travaillé sur un plan d’action de sa politique énergétique. Le groupe s’est donné pour objectif de réduire sa consommation d’énergie et de gaz à effet de serre (GES) de 15 % entre 2004 et 2020. Parmi les initiatives en cours, le programme "Bus 2025" - 80 % de bus électriques et 20 % au bio-gaz – devrait permettre de réduire les GES de 80 % à l’horizon 2025. La RATP remplace le matériel roulant afin notamment de pouvoir récupérer l’énergie au freinage. Résultat, une baisse de 35 % de la consommation d’énergie sur la ligne 2 du métro, et de 25 % sur la 5. Elle a, également, décidé d’installer des éclairages LED dans ses 369 stations et 250 00 points lumineux. A terme, cela représentera une baisse de 50 % de la consommation d’électricité par an.

Le guide de l’UTP, "La norme ISO 26000 appliquée aux transport publics de voyageurs" comporte bien d’autres exemples d’initiatives à mettre en place. Un ouvrage qui démythifie les difficultés et pourra inspirer les opérateurs engagés dans une démarche RSE.

Florence Guernalec