"Le triomphalisme n’est pas de mise, a résumé Mathias Emmerich, directeur général délégué performance à la SNCF, lors de la présentation des résultats 2014. L’année 2014 a été marquée par un retour à la croissance et une forte dynamique à l’international qui permettent d’enregistrer une amélioration de nos résultats, mais les problèmes structurels demeurent. Le travail n’est pas terminé". En clair, les comptes de la SNCF sont dans le vert, le chiffre d’affaires progresse de 1,5 % à 27,24 milliards d’euros et le résultat net récurrent s’établit à 419 millions d’euros. Cependant, la marge opérationnelle est en baisse à 8,8% du chiffre d’affaires en 2014 contre 9,2 % en 2013. Idem pour la performance économique (rentabilité des capitaux investis) à 3,9 % contre 4,1 % l’année précédente.

Un marché domestique difficile

En France, le chiffre d’affaires 2014 de Voyages SNCF est en recul de 1,1 % . Le trafic voyageurs continue de souffrir. S’il est quasi stable sur le TGV et le Transilien (hors effet grève) par rapport à 2013, en revanche, il recule pour la sixième année consécutive sur les Intercités (-2,2 %) et pour la seconde année sur les TER (-2 %). La SNCF rappelle que l’environnement économique n’était pas favorable : croissance du PIB atone, hausse des tarifs des péages (+5 %), augmentation de la TVA de 3 points et la grève du mois de juin qui représente 220 millions d’euros de recettes en moins et coûte 0,8 point de croissance à l’entreprise. En outre, de fortes contraintes financières pèsent sur les autorités organisatrices.

De nouveaux marchés à l'étranger

En revanche, l’international enregistre une croissance de son chiffre d’affaires de 7 % en 2014 - +20 % pour Keolis et +5,8 % pour SNCF Logistics hors Europe. SNCF réalise désormais 25 % de son chiffre d’affaires à l’international et vise 33 % à l’horizon 2020. Parmi les pépites opérées par Keolis, l’exploitation du réseau ferroviaire de Boston depuis le 1er juillet 2014 qui doit représenter 300 millions d’euros de chiffre d’affaires en année pleine (1000 kilomètres de lignes) et dans une moindre mesure, le tramway de Gold Coast en Australie. En outre, Keolis a remporté plusieurs marchés en Grande-Bretagne en 2014 comme la franchise ferroviaire, Thameslink Southern & Great Northern, et le métro Docklands Light Rail à Londres. En 2015, la filiale de la SNCF inaugure, au premier semestre, le premier tronçon du métro d’Hyderabad en Inde.

Priorités 2015

Parmi les sujets qui "devront impérativement être traités en 2015" figurent le modèle économique de l’activité TGV et le déficit croissant de l’activité Intercités (320 millions d’euros financés à 95 % par la SNCF et 1,4 milliard de cash entre 2011-2015), et dans une moindre mesure celui des Gares.

Si la marge opérationnelle hors péages ferroviaires du TGV est en progression entre 2012 et 2014 en raison des efforts de productivité réalisés, elle est en recul à 10,4 % du CA en 2014 contre 18 % en 2007. Mathias Emmerich a avancé plusieurs pistes d’amélioration : faire rouler davantage les rames à l’image de Ouigo (12-13 heures par jour contre la moitié pour les TGV classiques) et utiliser des rames plus capacitaires pour mieux contrer la hausse des tarifs des péages… mais encore faut-il que le trafic le justifie.

S’agissant des Intercités, la SNCF dit attendre les conclusions du rapport de la commission sur l’avenir des trains d’équilibre du territoire (TET) dans un contexte où l'entreprise s’attend à une baisse du trafic des Intercités (comme des TER) en raison de l’ouverture du marché des autocars longue distance.

La SNCF indique également que "le modèle économique des gares doit être repensé afin de rétablir un niveau de rentabilité attendu conforme à la politique d’investissement menée". En clair, la récente décision de l’Autorité de régulation des activités ferroviaires (Araf) va contraindre Gares & Connexions, à baisser le taux de rémunération du capital investi de 9,2 % avant impôt à une fourchette comprise entre 5,5 % à 6,9 %. Un manque à gagner chiffré à 20 millions d’euros par an par la SNCF.

Objectif : 27 %

Au final, la SNCF mise sur un développement de ses activités à l’international, la poursuite de la baisse de ses coûts d’exploitation pour baisser ses prix et le transport du quotidien, en particulier le Transilien en Ile-de-France qui représente à lui-seul 70 % du trafic ferroviaire français en nombre de voyageurs. Elle prévoit d’investir 2,1 milliards d’euros en 2015 dont 60 % dans le matériel roulant. La SNCF espère, ainsi, enregistrer une croissance de son chiffre d’affaires de plus de 3 % en 2015 tirée par l’international qui devrait atteindre 8 milliards d’euros (Eurostar compris), soit 27 % du CA de l’entreprise.