Annoncé en septembre dernier, le Comité de suivi de la sécurité ferroviaire s’est réuni pour la première fois le 18 février 2015. L’objectif ? Passer en revue les actions menées, les résultats obtenus et analyser les progrès à réaliser pour renforcer la sécurité du réseau. Parmi les participants figuraient le secrétaire d’État aux Transports, les dirigeants de SNCF Réseau et Mobilités ainsi que les acteurs du secteur dont l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), Fer de France et la Fédération des industries ferroviaires (1).

Lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion du Comité, Alain Vidalies a réaffirmé que la priorité était donnée à la maintenance du réseau existant. En 2015, 1500 chantiers sont programmés pour un montant total de 4,9 milliards d’euros dont 2,6 pour la régénération et 2,3 pour l’entretien. Au cœur de ce dispositif, l’Établissement public de sécurité ferroviaire (EPSF) est chargé de l’animation et de l’audit ainsi que du suivi des recommandations du Bureau d’Enquêtes sur les Accidents de Transport Terrestre (BEA-TT).

Transmettre les capteurs d'incidents

Le secrétaire d’État aux Transports a annoncé plusieurs décisions pour renforcer la sécurité : la première porte sur l’amélioration de la transmission des événements de sécurité à l’EPSF afin de renforcer et de développer l’analyse des risques et le retour d’expérience : "La transmission de ces "capteurs" des incidents de sécurité permettra de se doter d’indicateurs de suivi plus fins, et de mieux caractériser les incidents du réseau (en fonction de leur gravité de leur récurrence, etc.)", indique le compte-rendu de la réunion du Comité de suivi.

Sur le terrain, cela doit se traduire par une démarche de management de la sécurité à la SNCF. Les cheminots seront incités à rapporter à leur encadrement tous les incidents et éléments précurseurs dont ils ont connaissance. "Nous procédons à la recherche et l’analyse systématique des causes fondamentales des incidents et nous anticipons à travers l’analyse des événements précurseurs", s’engagent Guillaume Pepy, président du directoire SNCF et président de SNCF Mobilités, et Jacques Rapoport, président délégué du directoire SNCF et président de SNCF Réseau.
Il s’agira, dans un second temps, de prioriser les actions de maintenance sur les incidents les plus fréquents aux conséquences potentielles les plus graves. "C’est un changement culturel important qui va nécessiter la formation de tous les managers", a précisé Frédéric Saint-Geours, président du conseil de surveillance de la SNCF.

Simplifier les document techniques

Autre décision actée lors du comité de suivi, l’élaboration par la SNCF d’un socle commun de documents techniques de sécurité qui seront diffusés à l’ensemble des entreprises ferroviaires. Aujourd’hui, il existe "70 00 documents dont certains sont dépassés et redondants", a expliqué Guillaume Pepy. La SNCF sera ainsi chargée de les simplifier, puis de les digitaliser afin qu’à terme, les 80 000 cheminots chargés de la maintenance de l’infrastructure et des trains aient ces documents sur tablette.

Enfin, Alain Vidalies a insisté sur l’engagement de tous les acteurs pour la mise en œuvre et le suivi des recommandations du BEA-TT. Il a souhaité que les opérateurs agissent dans des délais plus rapides et la mise en place d’un suivi renforcé de l’EPSF. Il a, également, annoncé la création de deux groupes de travail, l’un consacré à la mutualisation des règles en matière de sécurité qui regroupera l’ensemble des opérateurs ; l’autre sur les passages à niveau.

Une pénurie d'essayeurs

Conséquence directe de cette mobilisation générale pour la sécurité, la SNCF manque de personnel qualifié, en particulier d’essayeurs, des experts chargés, pendant la nuit, de vérifier les aiguillages et les armoires de signalisation. En cause, la mise en chantier au même moment de quatre lignes à grande vitesse (LGV) qui mobilisent une partie importante du personnel spécialisé.

Résultat, le secrétaire d’Etat a décidé, en accord avec la SNCF, de décaler de un à deux ans les nouveaux chantiers qui devaient démarrer en 2015 ou en 2016. Il s’agit d’une quinzaine de réaménagements de gares et d’une demi-douzaine de renforcements de la signalisation qui permettent de réduire les intervalles entre les trains. Cela représente un montant de 150 millions d’euros sur un budget de 5,8 milliards, soit 3%, a précisé Jacques Rapoport. Le président de SNCF Réseau a assuré que les projets inscrits dans les contrats de plan État-région 2015-2020 seraient bien tous réalisés.

Le prochain Comité de suivi de la sécurité ferroviaire se tiendra dans six mois.

Florence Guernalec

(1) La composition du Comité de suivi de la sécurité ferroviaire : le Secrétaire d’Etat aux Transports, EPSF, SNCF, SNCF Réseau, SNCF Mobilités, Eurotunnel, Association française du rail, Union des transports publics et ferroviaires, Fer de France, Fédération des industries ferroviaires, Syndicat des entreprises de travaux de voies ferrées, Association française des détenteurs de wagons, Association des gestionnaires d’infrastructures ferroviaires indépendants, Union des ports de France, Railenium, BEA-TT et des personnalités qualifiées.