Avant l’ouverture effective des lignes d’autocar longue distance en France, la SNCF doit avoir les yeux tournés vers l’Allemagne. Depuis la libéralisation du marché Outre-Rhin le 1er janvier 2013, le nombre de passagers en autocar est passé de 8,2 à 19,6 millions en 2014. "Le bus longue distance s’est imposé plus vite que nous l’attendions comme un acteur de la mobilité en Allemagne", a admis Ulrich Homburg, membre du directoire à la Deutsche Bahn (DB). La compagnie ferroviaire estime, ainsi, avoir perdu 120 millions d’euros en 2014 à cause de cette nouvelle concurrence. Et elle aurait enregistré une baisse de 1,3% du nombre de passagers sur ses trains longue distance.

L'offensive déclarée

La DB a annoncé, le 23 février 2015, une contre-offensive : la compagnie ferroviaire a indiqué qu’elle allait multiplier par quatre son offre d'autocar longue distance d’ici à fin 2016. Un renforcement qui se concentrera sur les lignes les plus demandées comme Berlin-Brême, et entre l’Etat libre de Thuringe et la Bavière. Actuellement, la DB exploite 25 lignes pour 250 dessertes avec 150 bus, et détient 13% de part de marché. Parallèlement, l’opérateur va se concentrer sur l'exploitation de sa marque la plus connue, Berlinlinienbus.de. Autre changement annoncé, le programme de fidélité de la DB, bahn.bonus, incluera l’autocar. Enfin, la DB prévoit de faire évoluer son offre ferroviaire, mais reste discrète sur sa nouvelle stratégie.

Une guerre des prix

Autre enseignement du marché allemand, la guerre des prix entre les opérateurs. Un Berlin-Munich revient à 22 euros en autocar chez son principal concurrent, MeinFernbus, contre 142 euros en train DB pour une durée de trajet comparable. Munich-Nuremberg est à 5,84 euros contre 18,06 euros en train…
Résultat, l’Allemagne voit déjà les premiers autocaristes jeter l’éponge comme City2City, filiale du britannique National Express et ADAC, le club automobile s’est retiré de Postbus, la co-entreprise créée avec la Deutsche Post. Et d’autres sociétés fusionnent comme MeinFernbus et FlixBus qui devraient atteindre 67% de part de marché ensemble voire 74% selon l’institut IGES. Un mauvais moment à passer ? La DB ne croit pas que cette guerre des prix puisse continuer longtemps et estime que le marché est déjà passé dans une phase de consolidation.

Autre sujet d’inquiétude, MeinFernbus annonce des liaisons en Europe, notamment vers Bruxelles et Paris.

Florence Guernalec