Alors que le 8 mars est traditionnellement la Journée internationale de la femme, le secrétariat d’État aux Transports a publié, le 6 mars 2015, une synthèse de . Cette étude avance plusieurs pistes d’actions qui sont actuellement analysées par le groupe de travail (GT) lancé, le 16 décembre 2014, par le Comité national de la sécurité dans les transports (CNSTC). Outre le ministère de l’Intérieur et le secrétariat d’État aux Transports, ce GT est composé d'opérateurs de transports, de représentants des autorités organisatrices ou encore de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP). Ce groupe de travail est chargé d’élaborer des propositions concrètes et doit rendre ses propositions à la fin du premier semestre 2015.

Un fort sentiment d'insécurité

Premier constat, la sécurité n’est pas le problème numéro un évoqué par les femmes. L’étude a interrogé un échantillon représentatif de 60 femmes utilisatrices des transports en commun en Ile-de-France, "le discours spontané ne porte pas sur des préoccupations d’ordre sécuritaire", mais sur "les conditions quotidiennes de voyage" (régularité, fréquence, fiabilité du système de transport). Il s’avère que la plupart des violences sont commises sur la voie publique (92%) contre 8% dans les transports publics, selon les atteintes recensées par la gendarmerie entre 2006 et 2010.

Autre constat, si les femmes sont moins victimes d’atteinte à l’intégrité physique dans les transports que les hommes, elles sont davantage victimes d’insultes et d’injures (près de deux tiers des femmes sont victimes, selon l’enquête CVS). Enfin, les femmes sont majoritairement victimes d’atteintes sexuelles (viols, tentatives de viols, attouchements sexuels).

Au final, le sentiment d’insécurité est bien plus fort chez les femmes. 20% se déclarent parfois ou jamais en sécurité dans les transports en Ile-de-France. En outre, 6 femmes sur 10 déclarent redouter une agression ou un vol dans les transports franciliens (contre 3 hommes sur 10).

De plus, le sentiment d’insécurité est plus présent lors de leurs déplacements en soirée ou la nuit. Ainsi, il apparaît que les femmes adoptent des pratiques spécifiques de mobilité allant de la vigilance à l’évitement. Elles contournent, par exemple, les lignes réputées dangereuses, préfèrent rester sur place ou dormir chez une amie, prendre un taxi ou se faire raccompagner par des hommes de leur entourage, ou encore adapter leur tenue vestimentaire.

Des préconisations à discuter

Ainsi, l’étude recommande de mieux connaître le phénomène en intégration systématiquement la question de genre dans le recensement des atteintes.

L'enquête préconise, également, d’améliorer la connaissance des facteurs environnementaux (éclairage, propreté, signalisation, visibilité des lieux…) en développant les marches exploratoires sur la sécurité des femmes dans les transports. Initié à Toronto en 1989, le concept consiste pour un groupe de femmes à parcourir un secteur donné et à identifier les espaces générateurs d’insécurité. Un rapport d’enquête rassemble leurs recommandations pour faire les aménagements urbains nécessaires. Le ministère de la Ville a publié, en 2013, sur ces marches exploratoires.

Enfin, l’étude recommande de mener des opérations de sensibilisation auprès des voyageurs, mais aussi des plus jeunes sous forme d’interventions dans les établissements ou de campagnes de communication dans les transports (affiches, stickers…). L’étude considère, en effet, que "le problème de fond est celui de la persistance des stéréotypes sexuels, d’une banalisation et parfois même d’une négation des violences sexistes que les femmes déclarent subir au quotidien et qui commencent dès le plus jeune âge à l’école".

En revanche, l’étude n’est pas favorable à des mesures sexospécifiques comme il en existe dans les grandes villes à l’étranger : des rames de métro (Japon, Égypte, Brésil) ou des bus (Thaïlande, Mexique) réservés aux femmes aux heures de pointe ; des taxis conduits par des femmes qui prennent uniquement des clientes (Grande-Bretagne, États-Unis, Russie, Liban, Inde, Mexique, Émirats arabes unis). L’enquête considère que ces mesures ne sont que "des réponses aux symptômes", et explique que "les transports doivent garantir une égalité d’accès sans distinction de sexe, d’âge, de classe sociale…"

Lors d'une marche exploratoire menée Gare du Nord à Paris, à la veille de la journée internationale de la femme, la secrétaire d'État aux Droits des femmes, Pascale Boistard a confirmé la volonté du gouvernement d'agir rapidement : "Nous mettons au point un dispositif pour qu'à l'horizon du mois de juin, nous puissions avoir des propositions concrètes en concertation avec les transporteurs sur l'ensemble de la France pour faire reculer ce sentiment d'insécurité" dans les transports.

Florence Guernalec