Après la lutte contre la fraude à Nancy, et la place du transport dans les agglomérations de taille intermédiaire à Poitiers, la troisième étape du Tour de France, organisé par le Gart (Groupement des autorités responsables de transport) et l’UTP (Union des transports publics et ferroviaires), s’est tenue à Grenoble sur le thème sur la tarification solidaire. Après la matinée d'échanges réservée aux adhérents des deux associations, élus et opérateurs ont répondu aux questions de la presse.

Strasbourg, Dunkerque, Brest, Blois, Chambéry, Grenoble... déjà une dizaine de réseaux de transport urbain ont adopté la tarification solidaire. Nantes, Clermont-Ferrand et Evreux ont prévu de la mettre en place dans les prochains mois. Il s’agit de prendre en compte le revenu des foyers (quotient familial) et non plus le statut des personnes (seniors, jeunes, chômeurs, …). En clair, le prix est en proportion du revenu par personne d’une même famille et non du statut de chacune de ses personnes, il est donc le même pour les différents membres de la famille. "La tarification solidaire répond à une logique de mobilisation contributive selon les moyens de chacun en permettant le droit au transport de tous", a expliqué Claude Faucher, Délégué général de l’UTP lors de la conférence de presse.

Plusieurs questions ont tourné autour de la gratuité dans les transports publics. Un collectif grenoblois constitué de syndicats et d’organisations politiques (1) a lancé une pétition, en novembre 2014, pour demander la mise en place de cette gratuité sur l’agglomération pour des raisons sociales et écologiques. Une fausse bonne idée pour les élus comme pour les opérateurs, et même les voyageurs. Claude Faucher a rappelé que l’UTP et la Fnaut qui représente les associations d’usagers ont adopté en janvier 2014 pour s’opposer à la gratuité totale dans les transports.

En effet, la gratuité totale pour tous serait plutôt "antisociale". "Il ne serait pas juste qu’une personne, qui gagne 5000 euros par mois, et une personne sans ressources paient le même tarif. De la même manière, la gratuité pour tous ne serait pas juste socialement. La tarification doit être adaptée à la réalité sociale du public", a détaillé Yann Mongaburu, Président du Semitag (Syndicat Mixte des Transports en Commun de l’agglomération grenobloise), autorité organisatrice qui accueillait cette 3eme étape du tour de France, et qui a mis en place une tarification solidaire voici cinq ans.

Les opérateurs ont également battu en brèche l’idée que la gratuité favoriserait le report modal de la voiture vers les transports publics, et aurait ainsi des vertus écologiques. En réalité, prendre sa voiture revient toujours plus cher que prendre les transports en commun quels que soient les tarifs. L’attractivité des transports ne provient pas des tarifs, mais de l’amélioration de la qualité de l’offre : plus grande fréquence, tramways et bus en site propre pour augmenter la vitesse commerciale... Un développement des transports qui a un coût qu’il faut pouvoir financer.

Or le modèle économique des transports publics urbains est déjà fragile en raison du tassement de ses recettes. Crise économique et ras-le-bol fiscal obligent, le Versement Transport
(VT) assis sur la masse salariale des entreprises et les prélèvements sur les ménages ne peuvent pas progresser davantage. Restent les recettes issues de la vente de titres aux voyageurs. A Grenoble, l’UTP a rappelé que les tarifs avaient baissé en euros constants de 3,9% entre 2004 et 2014, et ne représentent plus que 30%, en moyenne, des dépenses de fonctionnement d’un réseau contre 40% dix ans plus tôt.

Ainsi, l’organisation professionnelle préconise que les tarifs suivent au moins le niveau de l’inflation. Pour Claude Faucher, "les utilisateurs auront d’autant plus de facilité à accepter une progression de la tarification que le réseau aura mis en place une tarification solidaire, tenant compte des revenus et de la capacité de chacun à contribuer aux dépenses de transport".

Florence Guernalec 

(1) Le collectif pour la gratuité des transports publics dans l’agglomération grenobloise regroupe des syndicats (CGT, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, Solidaires Étudiants), des organisations politiques (PAG38, PCF, Ensemble !, les Alternatifs, NPA), ATTAC.