On le savait déjà, les nouveaux modes de vie ont profondément changé les habitudes de déplacement. Ce que l’on savait moins, c’est que les abonnés des réseaux de transport urbain n’ont pas échappé à ce phénomène. "Il y a une extrême diversité des rythmes, y compris des abonnés que l’on pensait beaucoup plus pendulaires", explique Eric Chareyron, directeur Prospective, Modes de vie et Mobilité dans les territoires du groupe Keolis.

Dans le cadre de la nouvelle vague d'études Keoscopie, la filiale de transport urbain de la SNCF a analysé pendant 28 jours les déplacements des 350 000 abonnés des Transports en commun lyonnais. Ce réseau est emprunté par 75% des habitants du Grand Lyon, parmi lesquels 40% sont abonnés, tandis que 20% sont des clients réguliers hebdomadaires, 20% des occasionnels au mois et 20% des utilisateurs exceptionnels.

"Jusqu’à présent, nous pensions que les abonnés prenaient le transport public un peu toujours à la même heure. En fait, ce n’est pas le cas". En effet, sur une journée type, 24% d'entre eux valident leur titre de transport entre 7h00 et 9h00 et entre 16h00 et 19h00. Par ailleurs, 44% valident aux heures de pointe du matin, puis à un autre moment de la journée. Enfin, 27% utilisent le réseau urbain en dehors de ces créneaux horaires.

"Au final, le poids des trajets pendulaires ne pèse que 20% des déplacements totaux", note le responsable. Ce qui "désacralise" de facto l'offre en heure de pointe. "Les réseaux ont toujours été pensés sur la base du domicile-travail. Nous ne pouvons plus regarder la mobilité qu’à travers ce prisme car ce schéma a complètement explosé"

Optimiser l'offre plutôt que de la réduire

Cette diversité d’usages est une donnée essentielle en termes de construction et de gestion de l’offre. Surtout en période de contraintes budgétaires où la tentation des collectivités est de supprimer les services de soirée. A Lyon par exemple, sur les 350 000 abonnés étudiés, 5 000 utilisent les TCL un jour de semaine entre 23h00 et minuit. "Quand on supprime des trajets le soir, plus d’une centaine d’abonnés est pénalisée, dont une grande partie n’a pas de voiture"

C’est le cas de 30% des ménages habitant à Vaux-en-Velin, Vénissieux, Saint-Fons ou Grigny. "Si on leur rend la vie impossible en matière de transport public, ils finissent par acheter une voiture. Conséquence : la perte de recettes ne correspondra pas au trajet qu’ils effectuent à 23h00, mais au non renouvellement de leur carte d’abonnement".

Aussi, l’une des solutions prônées par Keolis est de maintenir une offre attractive tout au long de la journée avec une hiérarchisation des lignes en fonction de leur potentiel. Et si la clientèle n’est pas au rendez-vous sur ces axes-là, l’opérateur préconise de baisser légèrement les fréquences dans la journée, plutôt que d’effectuer des coupes dans les services. "En répartissant l'offre de façon cohérente, les collectivités réaliseront bien plus d’économies et personne ne pétitionnera", affirme Eric Chareyron.

Séduire les clients uniques

Keolis mène par ailleurs des études sur les déplacements des clients uniques, ces personnes qui se rendent dans les agglomérations pour des raisons professionnelles ou de loisir. Pour les opérateurs de transport, attirer cette clientèle présente un double intérêt : accroître les recettes commerciales car ces voyageurs achètent des billets au tarif normal et surtout ils se déplacent généralement en dehors des heures de pointe. Par conséquent, ils ne contribuent pas à la saturation des lignes. 

A titre d'exemple, Lyon accueille chaque année six millions de touristes, auxquels il faut ajouter environ trois millions de personnes en provenance des départements voisins. Selon les estimations, entre 30 et 35% d’entre elles utiliseraient les transports publics. "C'est un réservoir de clientèle important", conclut Eric Chareyron.

Christine Cabiron