Il ne lui manque plus qu’un nom. La nouvelle filiale de Keolis va regrouper un pôle solutions et services digitaux à partir du mois de mai 2015. Le groupe compte y investir 30 millions d’euros sur trois ans pour proposer à la fois des applications de mobilité connectée utilisées par les voyageurs, et des solutions métier comme un outil de gestion de la relation client (CRM) et un système de billettique mutualisée pour les réseaux de transport urbain. "C’est un choix stratégique. Nous sommes convaincus que cette notion de service fait partie intégrante de l’offre transport, a expliqué Jean-Pierre Farandou, président du groupe Keolis, lors d'une conférence de presse le 15 avril 2015. Nous pensons que l’innovation et le digital feront de Keolis une marque mondiale."

Cette nouvelle filiale, qui regroupera 600 personnes pour 60 millions de chiffre d’affaires, sera dirigée par Nicolas Furgé qui a travaillé chez Orange et Alstom. L’entité sera composée des cinq savoir-faire du groupe : études marketing, conseil et assistance à maîtrise d’ouvrage, services opérationnels, solutions digitales et solutions métier. "Cela permet de créer un One Stop Shop en rassemblant les compétences sur l’ensemble de la chaîne du digital. Ce sera plus simple pour nos clients", justifie Jean-Pierre Farandou. Reste à lui trouver un nom. Une seule certitude, cette dénomination n’aura aucun lien avec celle de sa maison mère. Car cette filiale a vocation à commercialiser ses solutions au-delà des clients actuels de Keolis, les autorités organisatrices des réseaux opérés par le groupe.

Une démarche collaborative

Keolis a choisi de s’associer à des partenaires spécialisés pour mettre en œuvre ses innovations de mobilité connectée : Voyages-SNCF.com Technologies pour la solution d’achat en ligne ; Sopra-Steria pour la validation sur mobile ; Microsoft et Atos pour le CRM ; et ACS Xerox pour la billettique. Parallèlement, l’opérateur a signé des accords de partenariat avec six start-up dont Moovit, une appli collaborative de mobilité présente dans plus de 600 villes dans le monde et Open Data Soft, une plateforme d’hébergement open data conçue pour rendre simple et économique l’ouverture des données et leur réutilisation. Car le groupe Keolis s’est résolument engagé dans une démarche d’open innovation autour de trois axes : l’open data, l’open service et l’open source.

Depuis 2014, sa technologie de calcul d’itinéraire, NAViTiA, utilisée par la SNCF, le Stif (ViaNavigo) et des réseaux urbains opérés par Keolis est en open source. Il s’agit de permettre à des start-up, administrations ou toute entreprise de l’adapter, de la transformer ou encore d’y ajouter de nouvelles fonctionnalités. Résultat, 700 "développeurs" ont utilisé l’API en un an. L’expérience a notamment permis d’améliorer le temps de réponse des recherches.
Keolis n’y voit que des avantages : "Pour nous, c’est une aide précieuse pour innover", a expliqué Guillaume Crouigneau, directeur général de Canal TP, l’actuelle filiale digitale de Keolis. Une démarche collaborative et d’innovation ouverte qui, selon lui, permet aussi d’attirer de nouveaux talents et a changé la culture de l'entreprise. "Nous sommes davantage dans une logique de co-construction avec nos clients", a-t-il souligné. Au final, cette méthode est la garantie pour le voyageur de voir émerger de meilleurs services.

Un modèle industriel

Keolis a fait le choix de mettre en place un modèle industriel pour être compétitif, mais suffisamment souple pour répondre aux besoins de tout réseau. Ainsi, sa solution de mobilité connectée destinée aux voyageurs est proposée en marque blanche afin de pouvoir être adaptée et déclinée au nom et aux couleurs de chaque territoire. Par exemple, le 14 avril 2015, le réseau de Lille Métropole opéré par Keolis a lancé son appli mobile Transpole, un assistant de mobilité fondée sur sa technologie NAViTiA qui permet à la fois de connaître les horaires en temps réel sur l’ensemble du réseau, d’utiliser le calcul d’itinéraires, et de recevoir des alertes personnalisées sur son mobile. "Notre philosophie est de rendre l’usage des transports public plus simple et plus facile pour les passagers", a souligné Jean Pierre Farandou. Déjà présente à Montargis, cette appli sera déployée le mois prochain à Orléans.

Avant la fin de l’année 2015, il sera possible de recharger son abonnement sur son PC ou son mobile (15 villes pilotes aujourd’hui), mais aussi d’acheter en ligne son titre de transport. La clientèle de passage (touristes, business…) représente 25% des voyages, 50% des recettes commerciales et 75% des visiteurs uniques. La prochaine étape sera la validation de son titre de transport avec son mobile. Keolis mène actuellement une expérimentation avec le réseau CTS de Strasbourg pour utiliser la technologie NFC (sans ) ou à défaut le code barre 2D avec . Il s’agit désormais de commercialiser et de déployer cette solution auprès d’autres réseaux.

Une mutualisation des moyens

Le groupe propose, aussi, une mutualisation des moyens fondée sur les technologies en mode SaaS et le cloud. Cela lui permet, par exemple, de fournir un système de billettique, "à prix abordable" selon Keolis, destiné aux réseaux de petite taille qui ne proposent pas de carte d’abonnement. La ville de Blois a été la première à se lancer dans la suppression du titre de transport papier en janvier 2015. Une solution mutualisée qui sera proposée à une dizaine de villes d’ici à 2017.
Autre application métier déployée, un outil de gestion de la relation client (CRM) dédié au secteur du transport en commun et destiné aux réseaux plus importants. Ce CRM leur permettra de mieux connaître leurs clients et ainsi de leur proposer des offres personnalisées. La solution sera déployée à Lille et à Lyon en mai 2015.

Si le nom de la nouvelle entité chargée de concevoir et de déployer ces innovations digitales ne sera connu qu'à la rentrée, cela ne l'empêchera pas de commencer à commercialiser ses solutions.

Florence Guernalec