Que vaut Alstom réduit au transport ? C’est une première, les résultats 2014-2015 du groupe encore présidé par Patrick Kron ont été détourés. Ils font disparaître les activités en cours de rachat par General Electric (GE) pour faire ressortir le groupe avec son futur contour, principalement de constructeur ferroviaire indépendant.

CA et commandes en hausse


Parmi les points positifs, il y a du mieux en termes d’activité. Le chiffre d’affaires (CA) a atteint 6,16 milliards d’euros, progressant de 7,2% par rapport à l'exercice 2013-2014. Le CA a notamment été soutenu par des livraisons en France (trains de banlieue, TER et de TGV), en Allemagne et en Italie ainsi qu’à l’étranger, au Maroc (TGV) et à Dubai (tram). "Les pays émergents présentent 30% des ventes", signale le groupe.

Même si la santé du marché français (20% de l'activité transport) pose vraiment question pour une usine comme Belfort, l’avenir immédiat n’est globalement pas angoissant pour le constructeur. Alstom cumule 28 milliards d'euros de commandes dont 10 milliards engrangés l'an passé (contre 6,1 miliards un an plus tôt). Un record grâce à de beaux succès : contrat ferroviaire géant en Afrique du Sud, trams clés en mainau Qatar et en Australie, métros pour Paris, système complet de métros au Mexique. "Les commandes ont également été fortes dans les services et la signalisation", souligne le constructeur.

Peu mieux faire du côté des marges


Reste à savoir si le groupe n’a pas eu tendance ces derniers mois à accumuler les contrats à tout prix afin d’être bien placé en vue d’un éventuel mariage. Mais pour l'instant, des acquisitions ne sont pas la priorité. Si des opportunités se présentaient, "nous les regarderons volontiers", a déclaré Patrick Kron, tout en soulignant que l'achèvement de la transaction avec GE était pour le moment la priorité.

Au total, Alstom qui s’approche de Siemens Mobilité en termes de vente (6,16 milliards contre 7,2 milliards d’euros pour l’Allemand en 2014), dépasse son concurrent en termes de carnet de commandes (9,3 milliards pour l’Allemand).

Parmi les points mitigés, la marge opérationnelle d’Alstom a certes progressé de 0,5% atteignant 5,2% grâce aux ventes, à la bonne exécution des projets en cours et à la mise en place d’un plan de performance. Le résultat opérationnel atteint 318 millions d’euros (+19%). Toutefois, Alstom reste derrière son rival européen en termes de performance. En 2014, Siemens a en effet réalisé une marge bien meilleure de 7,2%. Mais le Français promet d’entrer "graduellement dans la fourchette 5-7%."

En fortes pertes


Enfin, c’est le point négatif, Alstom a fini l’exercice 2013-2014 dans le rouge avec une perte de 823 millions d’euros contre un gain de 160 millions un an plus tôt.

La faute en partie à des "événements exceptionnels" : des dépréciations des participations d’Alstom Transport en Russie et surtout l’accord avec la justice américaine. En décembre 2014, Alstom a accepté de verser une amende d'environ 772 millions de dollars pour mettre un terme à l'enquête pour corruption engagée dans le pays en 2010 au sujet de la vente de centrales électriques en Asie notamment. Au final, c'est donc l’activité transport qui en porte le poids davantage que l’activité cédée.

Par ailleurs, l’endettement du groupe a légèrement augmenté, à 3,13 milliards d’euros à fin mars 2015. En cause, notamment le cash flow libre négatif (-429 millions d’euros) du groupe affecté par "le profil cash défavorable de certains contrats exécutés au premier semestre".

Cette facette négative du groupe conforte l'appel signé dans les Echos du 5 mai 2015 par plusieurs élus socialistes et EELV (1) en faveur d'un Airbus du transport ferroviaire. "Alstom Transport est fragilisé par l'affaire GE. Il se trouve petit parmi les grands alors que la consolidation mondiale est lancée", écrivent-ils. Pour eux, l'avenir de l'Europe de l'industrie ferroviaire doit passer par le "rapprochement des deux leaders européens que sont Alstom Transport et Siemens". Une vieille idée comme deux rails qui ne se croisent jamais…

Marc Fressoz 

(1) Il s'agit des députés PS, Philippe Duron, Olivier Faure, Rémi Pauvros, Gilles Savary et des conseillers généraux EELV, Pierre Serne et Jean-Yves Petit.