Parmi les grands pays ferroviaires d'Europe, la France n'a plus le monopole des grèves de cheminots à répétition. L'Allemagne connaît en effet sa huitième grève en dix mois.

Le mouvement, qui touche la Deutsche Bahn (DB), a débuté le 4 mai 2015 dans le fret et le lendemain à l'aube pour les trains de voyageurs. Elle doit pour l'heure, durer jusqu'au dimanche 10 mai à 9h00. Ce sera la plus longue grève dans le rail que l'Allemagne ait jamais connue.

Elle devait encore entraîner l'annulation de deux tiers des liaisons grandes lignes jeudi et vendredi en Allemagne, selon la DB, alors que les négociations avec le syndicat des conducteurs patinent.

Hausse des salaires de 5%


La cause immédiate de ce cas de figure inouï en Allemagne où la grève n'intervient qu'en dernier ressort, est un désaccord sur les négociations salariales entre la DB et les syndicats. Elles se déroulent dans un contexte qui n'a rien à voir avec ce qui se passe en France. Les discussions portent sur des hausses de salaire dans une fourchette de 4,7 à 5 % ! Hausse qui aurait lieu en deux étapes avec un versement immédiat de 1000 euros aux cheminots de la DB.

La compétition entre syndicats semble constituer l'ingrédient principal de ce conflit. Car le syndicat catégoriel GDL qui représente les conducteurs, entend élargir son champ d'action et marcher sur les plates-bandes du syndicat EVG. Avant de discuter avec la direction de la DB, le président de GDL, Claus Weselsky, réclame ainsi de pouvoir négocier au nom d'autres catégories de personnel que les conducteurs, ce que la compagnie refuse. Depuis 2010, une évolution de la jurisprudence allemande autorise la concurrence entre syndicats à l’intérieur d’une même entreprise et le GDL entend faire valoir ses droits et changer de dimension.

Un "fardeau" pour Merkel


"La condition préalable est toutefois que de telles négociations commencent tout de suite et que la grève soit immédiatement arrêtée", a tenté le président de la DB, Rudiger Grube, qui déplore les coûts et l'impact négatif en termes d'image de cette grève.

Celle-ci suscite de vives dénonciations des milieux économiques. La fédération allemande de la logistique a qualifié cette grève de "catastrophe pour l'économie allemande", tandis qu'une banque, la DekaBank, estime que si ce mouvement se prolongeait davantage une révision à la baisse des prévisions de croissance de l'Allemagne de 0,1 ou 0,2 point de pourcentage pour le deuxième trimestre était "probable". La chancelière Angela Merkel qualifie cette grève de "fardeau".

MF