Le groupe d’ingénierie de bâtiment et de travaux publics résiste mieux à la crise en France que certains de ses gros concurrents publics comme Egis. Quoique très dépendant de son pays d'origine où il réalise 85 % de son chiffre d’affaires, Ingérop prévoit en effet d’atteindre pour la première fois la barre des 200 millions d’euros de chiffre d’affaires (CA) en 2015.

Une bonne santé financière

En 2014, son CA a continué de progresser à 191 millions d'euros pour un résultat net de 8,9 millions, a indiqué le groupe lors de sa conférence de presse annuelle le 18 mai 2015. Une réunion qu'il a tenue au Forum des Halles à Paris, sur un chantier où l'entreprise a été chargée de la maîtrise d'œuvre de la canopée métallique et ajourée qui recouvre le trou des Halles. Avec un rapport Ebit/CA de 5,4 %, Ingérop se targue de faire partie des entreprises du secteur "en très bonne santé financière".

“La France est un pays paradoxal, analyse Yves Metz, président d’Ingérop. On sait que l’endettement va empêcher une forte reprise de l’investissement public, cependant de gros projets se poursuivent comme le Grand Paris, le Canal Seine-Nord ou le Lyon-Turin. L’effet de la crise se mesure dans le fait que les projets de taille intermédiaire se raréfient."

Cap sur l'international

Reste qu'Ingérop travaille à réduire sa dépendance au marché français. Le groupe d'un peu moins de 1600 salariés investit ainsi une partie de ses bénéfices à l’international, ce qui explique la légère baisse de sa marge. L'entreprise négocie actuellement le rachat de petites entreprises, l'une en Afrique du sud, l'autre en Arabie saoudite après s'être implanté au Monténégro.

L’étranger devrait ainsi peser 20% de son chiffre d'affaires en 2015. Pas question pour autant de se disperser. "On ne peut pas être présent sur tous les métiers dans chaque région, mesure Yves Metz. Nous ne sommes pas présents dans les transports dans le Golfe persique." Il faut dire que les concurrents français, Egis et Systra, y sont déjà bien implantés sur des projets de métros, de trams et même ferroviaires. Aussi, le groupe indépendant a choisi de se placer sur le filon du génie civil et de l'industrie.

Des marchés en Afrique et Amérique latine

Pour Ingérop, les projets de transports à l'export, c'est plutôt l'Amérique latine et l’Afrique où il a, par exemple, emporté un marché pour une ligne de BHNS à Nairobi au Kenya, et la maîtrise d'œuvre pour un projet de réhabilitation de la ligne Niamey-Dosso au Niger.

En Amérique latine, le groupe récolte les fruits d'une présence renforcée, mais aussi de la contribution de ses bases arrières. Ingérop a mobilisé ses filiales espagnoles en mal d'activité ces dernières années pour les concentrer sur des projets en Amérique latine. Au Pérou, le groupe a, par exemple, décroché les études de conception de la ligne 3 du métro de – 30 kilomètres à moitié en souterrain – dans le cadre d'un société de type SEM. Originalité, Ingérop est également chargé avec Price Waterhouse de rechercher des investisseurs.

Par ailleurs, les trois lignes de tramway sur pneu Translohr dont Ingérop a suivi la réalisation, entrera en service cette année à Medellin en Colombie. Une belle carte de visite. 

Et la France ? Côté infrastructures de transports, l'entreprise, a de beaux projets dans son carnet de commandes : maîtrise d'œuvre du tronçon Villejuif-Pont de Sèvres du Grand Paris Express, étude du tram T9 entre Porte de Choisy-Orly, ligne E du tram de Grenoble, etc. Mais le groupe compte surtout sur le plan de relance autoroutier pour servir de relais à l'essoufflement des programmes ferroviaires.


Marc Fressoz