"La représentation nationale n’a pas de politique ferroviaire, c’est la SNCF qui décide", a déploré Jacques Auxiette, président de la commission Infrastructures et Transports à l’Association des région des France (ARF). Villes de France et l’ARF ont exprimé leurs inquiétudes sur l’avenir des trains d’équilibre du territoire (TET) lors d’une conférence de presse commune. 

La compagnie ferroviaire qui exploite les Intercités, plus de 40 lignes qui desservent 355 villes, est soupçonnée de vouloir supprimer la moitié des lignes. Depuis dix ans, la SNCF a déjà réduit la fréquence de certains trains Intercités comme en ont témoigné plusieurs élus présents à la conférence de presse. Ces représentants de villes et d’agglomérations de taille infra-métropolitaine (entre 15 000 à 100 000 habitants), considèrent que le maintien des dessertes TET est vital pour l’aménagement du territoire et le droit de chacun à la mobilité.

Un programme de longue haleine

A quelques jours de la remise du rapport Duron sur l’avenir des TET, Villes de France et l’ARF ont plaidé pour un débat au parlement sur des Intercités qui sont "financés" à 70% par les usagers. Sans ignorer les difficultés budgétaires, ces élus locaux et nationaux ont souligné qu’une politique ferroviaire demande de mener une stratégie à moyen et long terme. "Il faut dix ans pour remettre en état une ligne, vingt ans pour en construire une nouvelle", a rappelé Jacques Auxiette. Cela pose en premier lieu la question des ressources financières.

Ces élus souhaitent ainsi que la représentation nationale dote le système ferroviaire de ressources stables et durables. Ils plaident ainsi pour la pérennisation du système de péréquation entre les dessertes TGV rentables et les dessertes "Grandes lignes". Aujourd’hui, la SNCF compense les 30% du déficit d’exploitation, soit 340 millions d’euros en 2014. D’ailleurs, le coût élevé d’exploitation appelle, à leurs yeux, à des gains de productivité. Le président de SNCF, Guillaume Pepy tient le même discours.

Autre sujet de discussion, le financement des infrastructures. En effet, pas de liaisons attractives sans un réseau de qualité. Jacques Auxiette a souligné qu’aucun pays d’Europe ne peut financer la rénovation de son réseau uniquement avec les péages…. De même, les élus ont appelé à un remplacement du matériel roulant obsolète par les solutions proposées par Alstom et Bombardier basées sur la plateforme technique de leurs TER Regiolis et Regio 2N, mais adaptées aux trajets longue distance. "Et cela pour réduire les coûts de développement, les délais de conception et d’homologation, et les coûts de maintenance", précise le communiqué commun.

Ouverts à l'expérimentation

En attendant un éventuel débat, les élus de Villes de France et de l’ARF ne sont pas dupes. Ils s’attendent à ce que l’Etat, autorité organisatrice des TET, transfère des lignes TET aux régions. Celles-ci ont fait savoir qu’elles étaient prêtes à prendre le relais à condition de compenser l’intégralité des charges d’exploitation et d’investissement. Mais les élus expliquent aussi que "toutes les formes d’expérimentation doivent être favorisés". Ainsi, il souhaitent que des lignes ou des paquets de lignes qui seraient abandonnées ou déconventionnées puissent être ouvertes à la concurrence sous forme de délégation de service public (DSP) sans attendre la date butoir de 2019 prévue dans le règlement européen sur les obligations de service public (OSP.) Une solution que la commission Duron envisagerait d’expérimenter.

Florence Guernalec