"Transformations", un nom de code pour un projet qui devrait en huit ans profondément modifier cet énorme pôle multimodal qu'est la gare du Nord qui voit se croiser quotidiennement 700 000 personnes, voyageurs de banlieue comme de grandes lignes, touristes et résidents du quartier.

L'opération va aller crescendo. Il s'agit d'abord d'améliorer par petites (et grandes) touches l'accueil des voyageurs et notamment les habitants de la banlieue qui fréquentent la gare quotidiennement. D'ici novembre 2015, la gare souterraine qui donne accès aux RER B et D sera rénovée (nouvelles peintures nouvel éclairage) "pour améliorer le sentiment de bien-être et de sécurité" et la quasi-totalité des magasins en gare renouvelés. Par ailleurs, dans la perspective de Cop 21, la conférence environnementale qui se tiendra à Paris et au Bourget en décembre 2015 (donc accessible de la gare du Nord), l'artiste irlandais Liam Gillick s'est vu confier la tâche de créer une vaste fresque sur les murs (2 kilomètres !) le long des voies des lignes B et D du RER.

Doublement du terminal Transmanche


En 2016, c'est le terminal Transmanche qui fera peau neuve en perspective des 20% de voyageurs supplémentaires attendus avec la mise en service des nouvelles rames plus capacitaires. Le "Lounge" (salon d'attente) d'Eurostar sera déplacé et installé dans l'ancien hôtel intérieur de la gare pour libérer de la place pour la zone de contrôles douaniers et la salle d'embarquement. Au total, la surface réservée aux liaisons Transmanche sera doublée.

Toujours en 2016, une nouvelle brasserie, confiée au chef triplement étoilé Thierry Marx, sera installée entre la gare historique et la verrière qui abrite le trafic RER. Par ailleurs, le sinistre souterrain Maubeuge qui relie les gares des trains de banlieue et grandes lignes en donnant accès à tous les quais sera requalifié.

Enfin, dernière étape de cette première phase, d'ici 2018 le quai transversal qui donne accès à la dizaine de voies grandes lignes de la gare sera modernisé et remodelé, pour faciliter la circulation des voyageurs ce qui préparera la véritable révolution architecturale que connaitra la gare d'ici à 2023.

Extension à l'Ouest


En effet, Patrick Ropert, directeur général de SNCF Gares & Connexions, et l'architecte Jean-Marie Wilmotte ont présenté un vaste projet qui "vise à ouvrir la gare sur la ville et à l'agrandir considérablement" sans toucher au bâtiment actuel et à sa verrière classés aux monuments historiques.

Pour réaliser ce tour de force, la gare sera étendue dans sa partie ouest. Ainsi, l'actuelle cour des taxis, actuellement à l'air libre, qui jouxte la gare sera recouverte par une grande verrière devenant ainsi une nouvelle salle d'échanges pour le trafic Transmanche. Cette verrière s'appuiera sur le bâtiment de l'étoile du Nord, situé de l'autre coté de la cour, actuellement utilisé comme bureaux par la SNCF qui "sera transformé en hôtel 5 étoiles".

Construction d'un terminal départ au-dessus des voies


Mais pour les voyageurs le changement le plus radical sera la construction, après la verrière et perpendiculaire aux voies, d'une large passerelle érigée sur pilotis et vitrée qui deviendra le terminal de départ des voyageurs et qui sera reliée aux différents quais par des escalators. Ainsi, comme dans un aéroport, la zone de départ et celle d'arrivée seront séparées, ce qui facilitera les flux de voyageurs. Enfin, devant la gare, le chaos de taxis et de bus qui règne actuellement disparaitra au profit d'une piétonisation totale du parvis.

La perspective actuelle de la gare et notamment sa façade édifiée par le baron Hausmmann en 1864, ne devrait pas bouger. Mais, Jean-Marie Willmotte propose la construction de grandes verrières qui, s'inscrivant dans les voutes en pierre, viendraient la prolonger en assurant une sorte de sas entre le parvis et l'entrée actuelle de la gare. Sans doute l'idée qui aura le plus de mal à faire consensus même si, comme la déclaré Anne Hidalgo, maire de Paris, "protéger le patrimoine c'est aussi accepter d'y apporter des éléments contemporains".

Un très beau projet qui en est encore à la phase d'étude tant technique que financière. "Nous devrions y voir un peu plus clair dans les mois qui viennent quand les études seront achevées", a expliqué à la presse Guillaume Pepy président du directoire de SNCF et PDG de SNCF Mobilités. Restera ensuite à trouver les financements qui se chiffreront "à quelques centaines de millions" . Mais la perspective des JO de 2024 à Paris pourrait favoriser un projet qui pour Anne Hidalgo "doit être à la hauteur des ambitions de Paris".

Robert Viennet