Il y a deux manières de lire le rapport très attendu de l'Ademe sur l’ACV (analyse du cycle de vie) des biocarburants de première génération, reporté fin 2009, finalement publié le 13 avril 2010 et intitulé "Du champ à la roue".
Première lecture : sur les émissions de CO2, les agrocarburants gagnent à tous les coups face aux énergies fossiles. Les gains nets en CO2 sont de 60 à 70 % pour les biodiesels et de 50 à 65 % pour les bioéthanols produits en France. Si on ne se limite pas aux productions françaises, les meilleurs taux de réduction de gaz à effets de serre pour les biodiesels proviennent des filières EMGA (graisses animales) avec 91 %, EMHAU (huiles usagées) avec 90 %, du soja (77 %) et de la palme (76 %).

Et si on y intègre l’huile végétale pure (HVP) de colza en filière courte, ces filières trustent les meilleurs bilans en termes de réduction de la consommation d’énergie non renouvelable sur l’ensemble de leur cycle de vie avec des gains de CO2 de 82 % à 78 %, contre 65 à 69 % pour les esters végétaux.
Sur ce critère, et par rapport aux carburants fossiles, tous les biocarburants affichent des prouesses environnementales.

Rouler ou manger ?

Seulement, il y a une deuxième lecture de l’étude, beaucoup moins positive celle-là : ces données ne prennent pas en compte les effets des changements d’affectation des sols (CAS). « "Lorsque le développement de cultures énergétiques aboutit, directement ou indirectement, à la disparition de prairies, de zones humides, ou de forêts primaires, le bilan gaz à effet de serre des biocarburants peut s’avérer négatif", souligne en effet l'Ademe.

Un exemple : si la fabrication de biodiesel à partir de soja brésilien provient d’un hectare pris à la forêt amazonienne, les émissions de CO2 sont multipliées par deux par quatre par rapport aux énergies fossiles.
En France, avec la réduction de la production sucrière dictée par les règles de l’OMC, nos agriculteurs doivent produire moins de sucre, ce qui libérera des terres agricoles pour les agrocarburants », précise l'Ademe. Sur les 400 000 hectares de terres betteravières françaises, 50 000 nourrissent déjà les automobiles de l’Hexagone et la France est sur le point d’atteindre l’objectif imposé par la Commission européenne d’incorporer 7% d’agrocarburants dans les réservoirs en 2010 et 10% en 2020.
Mais avec ces niveaux, les carburants végétaux permettent de réduire de 4,2% seulement les émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports.

L’étude de l'Ademe démontre aussi que les filières françaises d’agrocarburants ont une efficacité énergétique plus faible et sont économiquement non concurrentielles vis-à-vis des biocarburants tropicaux.