Sans surprise, après l'Assemblée nationale, le Sénat a voté à son tour dans la nuit du 26 au 27 avril, le projet de loi sur le Grand Paris qui prévoit la création d'un métro automatique autour de Paris. Le débat a été houleux entre la majorité et la gauche, victorieuse aux élections régionales de mars 2010.

Le texte a été adopté par 179 voix contre 153. La majorité UMP et Union Centriste a voté pour, tandis que l'opposition (PS, PCF, Verts et radicaux de gauche du RDSE) a voté contre.


Le Grand Huit enterre Arc Express

Le projet de loi prévoit la création d'une double boucle de métro automatique autour de Paris reliant des pôles économiques (Saclay, La Défense, Plaine-Commune, Roissy, Orly...).

D'un coût de 21,4 milliards d'euros (en investissements), ce métro est censé favoriser le développement de l'Ile-de-France (IDF). Il doit, selon le secrétaire d'Etat au développement de la région capitale Christian Blanc, permettre de maintenir Paris et l'IDF "dans le peloton de tête des quatre premières villes-monde, avec New York, Londres et Tokyo".

La majorité a donc enterré, par un amendement, le projet concurrent de rocade ferroviaire en proche banlieue, Arc Express, élaboré par la région IDF, le jugeant dépassé, une véritable déclaration de guerre à Jean-Paul Huchon, président socialiste de la région.


Plus-values immobilières

Elle a également voté plusieurs taxes nouvelles pour financer le Grand Huit, notamment sur les plus-values immobilières liées à la création du nouveau métro. Une dotation en capital de 4 milliards d'euros viendra du remboursement en 2014 de prêts de l'Etat aux constructeurs automobiles et le reste sera couvert par des emprunts.

Le Sénat a aussi rétabli la limite d'âge de 65 ans pour le futur président de la société du Grand Paris (SGP) qu'avait supprimée l'Assemblée nationale. Le député-maire d'Issy-les-Moulineaux André Santini (69 ans) qui brigue le poste est donc écarté.


Recours devant le Conseil constitutionnel


Mais le texte sur le Grand Paris n'est pas encore au bout de ses peines. Examiné en procédure accélérée (une lecture par assemblée), il doit maintenant être soumis à une commission mixte paritaire (CMP, 7 sénateurs, 7 députés) chargée d'établir une version commune aux deux assemblées. Elle doit se réunir le 20 mai, et non plus le 28 avril comme prévu.

Pour Jean-Paul Huchon, "le financement métro automatique repose sur un montage irréaliste qui pénalisera à la fois la compétitivité des entreprises franciliennes et le pouvoirs d'achat des ménages (sur le financement, cliquez + sur le même thème, à droite). Surtout, ce projet ne répond en rien aux urgences des Franciliens en matière de transports et ne fait qu'aggraver le déséquilibre à l'ouest de la métroole francilienne", lit-on dans un communiqué du président de la Région.

La gauche devrait déposer un recours devant le Conseil constitutionnel et a menacé de ne pas siéger dans les instances du Grand Paris.

De son côté, le maire de Paris Bertrand Delanoé a réagi en rappelant qu'il juge le texte "passéiste, autoritaire et inefficace". Pour l'élu parisien, "le gouvernement a confirmé son refus de prendre en compte le message exprimé par les électeurs lors du scrutin régional, un rejet de sa conception centralisatrice de la métropole et de sa gouvernance