MobiliCités : La FNTV dispose-t-elle des premiers chiffres de fréquentation depuis l'ouverture du marché des autocars longue distance ?
Ingrid Mareschal : Non, mais l'engouement est là. L’un des opérateurs annonce 50 000 billets vendus en un mois et demi. A comparer avec les 110 000 passagers en 2014 qui ont bénéficié du cabotage sur les lignes d'autocars internationales. Nous anticipons près d’1 million de voyageurs les douze premiers mois...

Pour l'instant, l'ouverture du marché profite uniquement aux grands groupes...
A ce stade, les lignes créées cet été concernent seulement la longue distance qui ne nécessitait pas d'autorisation d'ouverture. Il va falloir attendre le mois d'octobre pour que l'Arafer soit opérationnelle et voir si, dans un second temps, des initiatives d'indépendants émergent sur la courte distance.

Les opérateurs et les organisations professionnelles ont rencontré Emmanuel Macron à sa demande le 30 juillet pour faire le point sur sa réforme. Quel a été le message de la FNTV ?
Nous l’avons remercié pour la détermination du gouvernement dans la mise en place de cette réforme et lui avons indiqué que nous étions satisfaits des dispositions de la loi en général, et notamment des conditions de régulation retenues [avis conforme de l'Arafer]. Nous sommes également rassurés que la loi Macron n'ait finalement pas été étendue à d’autres secteurs.

La FNTV plaidait pourtant pour un seuil d'autorisation d'ouverture de 200 kilomètres pour une ligne et non 100 kilomètres entre deux dessertes...
En effet, nous avons défendu dès le début un seuil de 200 kilomètres afin de ne pas mettre en péril nos entreprises qui détiennent des contrats sur ces marchés.

Quels sont les freins évoqués avec Emmanuel Macron ?
Nous avons évidement abordé la situation des gares routières. Le ministre nous a promis d'évoquer le sujet avec les collectivités et les élus parisiens pour recenser les besoins et faire émerger des projets.
Nous sommes également convaincus qu'il faut une impulsion nationale qui soit relayée au niveau local. Mais il ne faut pas imposer de cadre rigide afin de pouvoir s'adapter aux différentes configurations des villes et implanter les gares routières aux endroits les plus pertinents.
Le ministre a également assuré que les nouvelles gares du Grand Paris seront équipées d'infrastructures dédiées dès leur conception. Enfin, il est également question de discuter avec les sociétés concessionnaires d'autoroutes pour aménager des points d'arrêt.

D'ailleurs, le ministre de l'Économie doit prochainement prendre une ordonnance pour définir le cadre de développement de ces gares routières...
Il est important d’actualiser ce texte qui date de 1945, mais l'ordonnance ne réglera pas tout. Les questions les plus importantes portent sur le foncier et le financement de ces infrastructures. Nous savons que certains acteurs privés sont intéressées, car des services rentables peuvent être développés autour des gares routières.

Autre obstacle, le recrutement des conducteurs...
La question de l'âge minimum de 21 ans imposé pour le permis D et conduire un autocar a été abordée. Le ministre a convenu que cette contrainte pouvait constituer un obstacle au recrutement des conducteurs et qu'il fallait engager une réflexion sur ce sujet, mais cette question ne dépend pas directement de ses services...
Emmanuel Macron a également évoqué la reconversion des chauffeurs routiers dans le transport de voyageurs. L'OPCA Transports et services a ouvert une plateforme web dédiée au secteur (T-Clic emploi) où il y a 3 à 4000 demandes d'emplois. Enfin, il nous a invité à nous rapprocher de la Direction générale du fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels que la FNTV rencontre la semaine prochaine.

Quelle suite sera donnée à ce rendez-vous à Bercy ?
Emmanuel Macron a souhaité voir régulièrement les opérateurs et les organisations professionnelles pour suivre l'impact de sa réforme. Le prochain rendez-vous devrait avoir lieu fin septembre ou début octobre. Le ministre est convaincu que la libéralisation de ce marché et les perspectives de création de lignes - une cinquantaine d'ici à la fin de l'année et 200 à terme - peuvent permettre de créer une filière complète. En particulier, il souhaiterait que cette réforme incite les constructeurs d'autocars à envisager d’implanter des sites de production de leurs véhicules en France.

Dans la loi sur la transition énergétique, un amendement gouvernemental imposait un quota de "véhicules propres" dans le renouvellement des flottes d'autocars et d'autobus. Pourquoi la profession s'y est-elle opposée ?
La première version de cet amendement excluait les véhicules de norme Euro 6 pour ne prendre en compte que les moteurs électriques, au gaz naturel ou hybrides. Nous avons donc fait prendre conscience au gouvernement que ce type de solutions alternatives n’étaient pas envisageables à court terme pour les autocars. Depuis, la version adoptée à l'Assemblée nationale ne parle plus que de véhicules "à faibles émissions" et réintègre de fait les autocars Euro 6.
Mais, la situation reste absurde : les "autocars Macron" Euro 5 auraient le droit de circuler dans les agglomérations de plus de 250 00 habitants, mais pas les lignes régulières Euro 6 ! Nous attendons la poursuite de la concertation sur le projet de décret d'application prévu pour octobre 2015.

Le 14 octobre 2015, la FNTV tient son à Paris sur le thème "L'autocar change d'ère"...
Emmanuel Macron et Alain Vidalies ont confirmé leur présence. Parmi les intervenants de la première table ronde sur l’ouverture de la longue distance, nous aurons des représentants des différents opérateurs français et étrangers qui se sont lancés sur le marché dont Guillaume Pepy (iDBUS), Jean-Marc Janaillac (isilines) et Alain-Jean Berthelet (Starshipper), ainsi que des représentants de Megabus et Flixbus.
Différentes séquences aborderont l’impact de la réforme sur le secteur conventionné avec le président de l'Arafer, Pierre Cardo, et Jacques Auxiette, président de la commission Infrastructures et Transports à l'Association des Régions de France ; la question des gares routières et celle des comparateurs internet qui émergent sur ce marché. La FNTV dévoilera aussi les résultats de son étude sur la perception que les Français ont de l'autocar et ce qu'ils en attendent.
Enfin, notre président Michel Seyt interviendra aux côtés d’élus et de représentants de l’État sur les enjeux du développement durable lors d’une table ronde sur "l’autocar durable". Le sujet s'imposait après les récents débats sur la transition énergétique et la politique de sortie du diesel engagée par la Mairie de Paris.

Propos recueillis par Florence Guernalec