La prochaine ligne à grande vitesse anglaise aura assurément un fort accent chinois. Tout un symbole : c'est depuis la Chine, que le ministre des Finances anglais George Osborne a annoncé, le 23 septembre 2015, l'ouverture de la phase finale de l'appel d'offres pour les travaux de la future ligne à grande vitesse destinée à desservir les Midlands, c'est-à-dire le centre l'Angleterre.

Le projet High Speed 2 (en reférence à High Speed 1, la ligne construite entre Londres et le tunnel sous la Manche), prévoit dans un premier temps de relier Londres à Birmingham (centre de l'Angleterre), la deuxième ville du Royaume-Uni. Le temps de trajet sera ramené d'environ une heure vingt actuellement à moins de cinquante minutes. L'objectif est de prolonger ensuite la ligne vers le nord de l'Angleterre, pour  desservir d'un côté, Manchester ; de l'autre, Leeds.

Une annonce faite depuis la Chine

Le chancelier de l'Échiquier, George Osborne a dévoilé cet appel d'offres depuis Chengdu, dans le Sud-Ouest de la Chine, pays où le grand argentier britannique effectue une tournée de cinq jours pour promouvoir les échanges commerciaux sino-britanniques. Ce déplacement pépare la visite du président chinois, Xi Jinping qui est attendu au Royaume-Uni dans le courant du mois d'octobre.

L'appel à candidature porte sur une première tranche de 11,8 milliards de livres (16,3 milliards d'euros) concernant le gros œuvre de HS2 : les travaux de terrassement, de construction de ponts et de percement de tunnels. Des appels d'offres pour une deuxième tranche de travaux, concernant l'aménagement de gares, devraient être lancés en 2016 et d'autres, pour l'installation des rails, en 2017.

Les travaux doivent débuter en 2017 pour une mise en service, entre Londres et Birmingham, espérée en 2026.

Avec cette annonce qui semble donner l'initiative à l'Angleterre, Londres voudrait inciter les entreprises chinoises à se porter candidates pour une partie des contrats. "Nous ouvrons un âge d'or de coopération entre nos deux pays et il est crucial que les entreprises et collectivités locales de l'ensemble du Royaume-Uni profitent des bénéfices générés par les liens économiques étroits tissés avec la Chine", a-t-il déclaré.

Un financement venu de Chine

En réalité, le recours à des entreprises chinoises sur ce marché colossal ressemble fort à une contrepartie au co-financement du projet par Pékin. En juin 2014, lors d'une visite en Angleterre de Li Keqiang les deux États ont, en effet, signé un accord de principe sur la participation de la China Development Bank (CDB) au financement du projet. L'établissement est spécialisé dans le financement des LGV en Chine.

Ainsi, la HS2 risque fort d'être un cheval de Troie pour le savoir-faire ferroviaire chinois en Europe. Car on imagine que Londres pourra être fortement incité dans les stades ultérieurs du projet à chosir des rames à grande vitesse d'origine chinoises.

En attendant, les principaux groupes de travaux publics français, qui ont tous acquis des reférences en France en matière de LGV grâce aux trois PPP en cours, devraient se porter candidats au marché du gros œuvre.

Marc Fressoz avec AFP