Des autocars flambants neufs, confortables, climatisés, dotés de toilettes et de prises électriques : c'est ce qui fait le succès actuel des lignes interurbaines lancées depuis cet été dans le cadre de la loi Macron. Mais, si les véhicules sont à la hauteur de la concurrence qui se joue face au covoiturage et au train, les points d'embarquement et de débarquement des passagers, autrement dit les gares routières, sont loin d'être à niveau.

A Paris par exemple, la gare routière de la Porte Maillot utilisée par des opérateurs comme Flixbus, Megabus, ou Starshipper n'a de gare que le nom. Pas de lieu pour abriter les voyageurs, pas de quais d'embarquement clairement identifiés et pas d'information voyageur. Rien à voir avec la gare de Paris Bercy qui dispose de tous les équipements nécessaires pour accueillir confortablement les voyageurs de Ouibus, seuls utilisateurs du lieu, ou même de la gare Paris Gallieni à Bagnolet, qui voit se croiser les seuls cars d'Eurolines et d'isilines, deux filiales de Transdev.

Un contraste que l'on retrouve dans beaucoup de villes de province pas préparées à cette arrivée massive des autocars. C'est pourquoi, Emmanuel Macron, ministre de l'Économie et Alain Vidalies, secrétaire d'État aux Transports, ont présidé ce 28 septembre 2015 une première table ronde chargée de plancher sur le cas des gares routières. Autour de la table, des opérateurs, des représentants des collectivités locales, des gestionnaires de gares routières et l'Arafer, l'autorité de régulation du rail qui deviendra aussi celle de la route à partir du 1er octobre 2015.

Mobilisation générale

"Avec Alain Vidalies nous voulions mobiliser tout le monde pour que ce déploiement de cars sur notre territoire, qui est déjà un succès, puisse de faire de manière ordonnée avec la création dans de bonnes conditions de gares routières partout où c'est nécessaire", a déclaré Emmanuel Macron à l'issue de cette première table ronde.

La loi prévoit que dans un délai de six mois après sa promulgation, une ordonnance définira les règles que devront respecter ces gares. Une première version de ce texte sera soumise aux parties prenantes lors d'une prochaine réunion prévue en novembre 2015. "On a bien vu aujourd'hui que l'ensemble des acteurs étaient très attentifs à la réponse qui pourrait être donnée par l'État en terme d'accessibilité et d'égalité tarifaire", a indiqué Alain Vidalies.

Cette ordonnance "fera table rase du passé" en se substituant à un texte datant de 1945 et qui n'avait jamais été actualisé. "Il nous faut définir ce qu'est une gare routière publique, un gare routière privée, définir également ce qu'est un point d'arrêt ou une halte autoroutière", a énuméré le secrétaire d'État.

Pas d'argent public

En revanche, à la question de savoir qui paiera la rénovation des gares existantes et la création de nouvelles, les choses sont moins claires. Pour Emmanuel Macron, "il n'y aura pas d'argent public mis dans ces gares". Ce sont les opérateurs qui "auront à contribuer à la rénovation des gares existantes comme on le voit dans les pays voisins. Des transporteurs qui ont parfois même décidé de construire eux-mêmes des gares".

Interrogé à ce sujet après la conférence de presse des ministres, le responsable communication de Flixbus, Raphaël Daniel, n'était pas tout à fait sur la même longueur d'onde. "Pour le moment, ce n'est pas notre volonté. Après, il faut voir comment vont se passer les discussions". Il imagine un financement via "les acteurs déjà en place" ou "sous forme de partenariat public-privé" (PPP).

De longues discussions en perspective entre l'État, les opérateurs et le collectivités locales.

Robert Viennet