L’offre kilométrique a baissé de 2,4%, selon les chiffres de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP) collectés sur les cinq premiers mois de l’année 2015. Un phénomène jamais vu, selon son président, Jean-Pierre Farandou qui tenait une conférence de presse lors des Rencontres nationales du transport public à Lyon.

Une spirale infernale

D’où une incidence sur le trafic qui connaît un tassement dans toutes les tailles d’agglomération : +0,2% en tendance en 2015 contre +3% les deux dernières années. Un tassement qui pourrait amener les autorités organisatrices à revoir leur offre… "Nous sommes face à une spirale qu’il vaut mieux arrêter au début, a déclaré Jean-Pierre Farandou. Et il appartient à l’ensemble des acteurs d’enrayer cette spirale.

Des solutions à portée de main

A l’origine de cette baisse de l’offre, et donc du tassement du trafic, la baisse des dotations globales de fonctionnement de l’État aux collectivités locales. Face à un financement public qui se raréfie, le président de l’UTP s’est employé à démontrer qu’il existe des solutions pragmatiques qui permettraient de réinjecter 1,5 milliard à 2 milliards par an dans les transports publics si chacune des parties prenantes s’implique. Voici les principaux leviers qu’il a esquissés.

  • Les opérateurs


L’UTP estime que les transporteurs peuvent réaliser 1 à 1,5% de productivité par an. Sur 4,2 milliards de dépenses annuelles, une augmentation de la productivité de 5% permettrait ainsi de réaliser 200 millions d’euros d’économies en quelques années. 

  • Les élus


La tarification est le principal levier d’action, selon Jean-Pierre Farandou en présence du président du Gart, Louis Nègre qui défend la même ligne. Si les transports publics revenaient au ratio R/D (recettes/dépenses) constaté voici 20 ans ou tel qu’il existe actuellement dans certains réseaux comme Strasbourg et Lyon, soit 50% au lieu de 31%, les recettes seraient de 2,1 milliards d’euros contre 1,3 milliard aujourd’hui, soit 800 millions supplémentaires.

En outre, augmenter la vitesse commerciale des bus représente une source non négligeable d’économies. En effet, créer des voies réservées permet d’augmenter cette vitesse commerciale de 30%, de 17 à 22 km/h. Une meilleure attractivité qui permettrait, selon lui, d’augmenter le trafic de 15% (et les recettes) et de baisser les dépenses : des bus plus rapides impliquent que l’opérateur a besoin de moins de véhicules et de conducteurs pour assurer le même service. Jean-Pierre Farandou a calculé que l’ensemble permettrait un gain de 100 à  200 millions d’euros par an.

  • Les pouvoirs publics


L’UTP demande à l’exécutif de passer à l’action dans la lutte contre la fraude comme il l’a promis voici déjà plusieurs mois. En clair, il s’agit de durcir l’arsenal législatif afin de mettre en place une répression efficace contre les fraudeurs d’habitude. Jean-Pierre Farandou a estimé que les opérateurs pourraient ainsi récupérer 200 millions d’euros par an de recettes supplémentaires sur un total de 500 millions d’euros de manque à gagner (ferroviaire compris). 

Idem sur le stationnement. La lutte contre la fraude pourrait rapporter, selon lui, 400 millions d’euros par an, une somme qui pourrait être fléchée vers les transports. L’UTP s’impatiente ainsi de voir que la dépénalisation du stationnement votée dans la loi de décentralisation n’est toujours pas mise en oeuvre et déplore les "obstacles administratifs et manoeuvres" qui ne permettent pas aux collectivités de l’intégrer dans leur politique de mobilité.

  • Les usagers


Jean-Pierre Farandou a mis en lumière en plusieurs leviers d’action : faire accepter aux voyageurs de prendre en charge une part plus importante du coût des transports publics, mais aussi les inciter à ne pas frauder et convaincre les citoyens de prendre davantage les transports en commun.

Le président de l’UTP a reconnu que la profession devait faire un effort important de pédagogie : en effet, alors que l’usager en France paie, en moyenne, moins d’un tiers du coût réel des transports et acquitte d'un prix plus faible que dans les pays européens comparables, celui-ci continue à répondre, enquête après enquête, que
les transports coûtent cher comme l’a encore montré une étude récente de la CLCV. "Nous devons faire prendre conscience aux usagers de la valeur des transports publics, et notamment des coûts de fonctionnement et d’infrastructures", a déclaré Jean-Pierre Farandou.

TVA, le combat continue

Enfin, Jean-Pierre Farandou a conclu sa conférence de presse sur la TVA. L’UTP n’abandonne pas l’idée de convaincre le gouvernement de revenir à une TVA à taux réduit dans les transports du quotidien (5,5% contre 10% actuellement) : "C’est une cause juste, nos arguments sont indiscutables, la mobilité est un service de première nécessité. Nous continuerons à mener ce combat." 

Florence Guernalec