Deux jours avant la signature officielle du contrat avec le Syndicat des transports d'Ile-de-France (Stif), la PDG de la RATP a présenté à son conseil d'administration les orientations stratégiques de son groupe. "La trajectoire financière du groupe étant conforté par la signature de ce contrat de 5 ans", Elisabeth Borne maintient son objectif de 7 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2020 dont 30% hors Epic (grâce à ses filiales RATP Dev et Systra notamment).

La nouvelle PDG a souhaité se projeter au-delà de cette échéance, à 2025, une période où la RATP devra relever de nombreux défis comme la mise en concurrence des lignes de tramway 9 et 10, la ligne 15 du grand Paris, ou la mise en concurrence du réseau de bus prévue en 2024. Autre ambition, se préparer aux événements majeurs que représentent des rendez-vous comme les JO de 2024 ou l'expo universelle de 2025.

Elisabeth Borne, qui préside aux destinées de l'entreprise depuis mai 2015, a une ambition : "que le groupe RATP incarne la mobilité durable et la ville intelligente au service des voyageurs". Pour y parvenir, elle a fixé trois priorités : "être à 100% au service des voyageurs, à 100% centré sur l'innovation et à 100% engagé pour la ville durable".

Défis 2025

Cette ambition sera traduite dans un plan baptisé "Défis 2025" qui se veut à l'écoute des voyageurs, qui seront "régulièrement consultés sur leurs attentes en matière de services" et des salariés "qui seront invités à participer, début 2016 à une vaste concertation interne".

Au total, dix chantiers clés vont être menés à bien. Parmi eux, le développement international du groupe qui se fera en "renforçant la culture de groupe et la transversalité". En clair, il s'agit de multiplier les parcours croisés des agents entre l'Epic et les filiales et de favoriser les échanges d'expérience. "De même des équipes communes à l'Epic et à RATP Dev prépareront les réponses aux appels d'offre en Ile-de-France."

Autre chantier, la sécurité ferroviaire et la sûreté : "200 agents viendront en renfort des équipes d'accompagnement des bus de nuit et de celles du GPSR (ndlr : la police de la RATP) pour assurer la protection des voyageurs et des agents." Elisabeth Borne présentera en novembre un plan d'actions orienté plus spécifiquement sur la sécurité des femmes dans les transports.

Mobilisation générale pour le RER

Pour le RER, c'est à une véritable "mobilisation générale de l'entreprise" qu'appelle Elisabeth Borne. La RATP et le Stif vont investir un milliard d'euros sur cinq ans dans ce réseau régional pour en moderniser l'infrastructure. Il s'agira notamment de mener à bien le pilotage automatique avec conducteur du tronçon centrale du RER A, d'améliorer l'information voyageurs en temps réel et la coopération technique avec la SNCF "pour optimiser l'exploitation et la gestion des incidents".

Coté métro qui "est déjà une belle vitrine à l'international", la RATP qui a les yeux fixés sur les nouvelles opportunités que va offrir le Grand Paris Express, mais aussi les futurs appels d'offres internationaux, veut "préserver l'exemplarité du réseau parisien". Il s'agira notamment de mener à bien l'automatisation de la ligne 4 et du prolongement des lignes 11, 12 et 14, mais aussi d'améliorer le niveau de service offert sur les lignes existantes et notamment la propreté.

A propos des réseaux souterrains récemment pointés du doigt par un
rapport de l'Anses qui dénonçait la pollution de l'air qui y règne : "une série d'actions concrètes vont être accélérées, notamment dans le domaine de l'éco-conception, de l'amélioration de la qualité de l'air dans les réseaux souterrains, de la meilleure maîtrise de nos consommations d'eau et d'énergie ou de la réduction du bruit."

Un doigt dans le digital

La RATP qui souhaite maintenir sa capacité d'innovation "qui fait partie de l'ADN de la RATP" et explorer des secteurs où elle est moins présente comme le digital, vient de se doter d'une direction de la stratégie, de l'innovation et du développement, confiée à Nathalie Leboucher nouvellement nommée. 

"Nous voulons nous imposer comme leader de la mobilité connectée", affirme Elisabeth Borne. Pour ce faire le groupe va recruter 100 collaborateurs supplémentaires et consacrer "30 millions d'euros d'investissement sur deux ans pour se renforcer dans le domaine du digital." Une plateforme "RATP Apps" va être lancée avec des applications spécifiques développés par des start-up sur la base des données open data de la RATP. L'opérateur pourrait aussi prendre des participations dans des start-up innovantes.

Autre chantier d'envergure, mais déjà longuement évoqué dans ces colonnes, le plan bus 2025 qui avec l'aide du Stif verra les 4500 bus de la régie convertis à l'électrique ou au biogaz. A ce sujet, la PDG de la RATP qui a indiqué qu'elle préférerait acheter des bus électriques français ou européens plutôt que chinois, a envoyé un "signal clair" aux constructeurs pour qu'ils développent des solutions industrielles. Enfin, la mise en œuvre du Grand Paris devrait également créer de nouvelles opportunités pour le bus notamment en grande couronne et la RATP compte bien se positionner sur ce terrain.

Robert Viennet