15h00, 5 novembre 2015, Gare de Lyon, 190 hommes et femmes se déploient en quelques minutes aux douze sorties pour participer à l'opération "zéro fraude". Une première dans cette gare. Au même moment, sept autres gares d'Île-de-France sont "bouclées". Et 500 agents sont sur le terrain. Le dispositif est impressionnant. Des personnes se retrouvent coincées à l'intérieur, d'autres se résignent à prendre un billet aux automates. "Il s'agit de marquer les esprits, explique Alain Krakovitch, directeur de SNCF Transilien, présent Gare de Lyon. Notre objectif n'est pas de dresser des procès-verbaux, mais que les usagers achètent leur billet".

Un manque à gagner de 63 millions
 
L'opération "Zéro fraude", menée conjointement avec la RATP, a mobilisé cinq entités : des contrôleurs de la SNCF et de la RATP, des agents de la Suge et de la GPSR ainsi que la police destinée à prêter main forte en cas de souci avec un fraudeur. Résultat, 214 PV émis dont 75 payés immédiatement pour 3 200 euros de recettes en deux heures (un  billet non valable ou non validé, 30 euros ; l'absence de titre de transport, 50 euros si le contrevenant paie immédiatement).
Deux jours plus tôt, Gare du Nord, 900 PV ont été dressés en deux heures et la SNCF a récupéré immédiatement 17 000 euros de recettes. "Ces opérations régulières vont se reproduire", a assuré Alain Krakovitch.

Le taux de fraude en Île-de-France est estimé à 7,5%, 220 000 usagers sur 3 millions quotidiens – un chiffre déclaratif sous-évalué, selon Alain Krakovitch. Cela représenterait un manque à gagner de 63 millions d'euros par an au moins, soit l'équivalent de plus de quatre rames de Transilien. "Nous avions besoin de réagir", souligne-t-il.

Des contrôles renforcés
 
Ainsi, le nouveau contrat signé avec le Stif prévoit un renforcement de la présence humaine – 200 personnes de plus – susceptibles notamment de contrôler les voyageurs. L'assermentation des agents d'escale, chargés habituellement de l'information et de l'aide aux voyageurs,  est en cours. Ces agents volontaires pourront participer à la lutte contre la fraude dès 2016 et viendront ainsi renforcer les 800 contrôleurs présents en Île-de-France.
 
Des gares équipées de portillons

Le plan anti-fraude de la SNCF prévoit également un programme de "CAbage", c'est-à-dire l'équipement en portillons automatiques de 14 gares en Île-de-France en 2016 dont la Gare Saint-Lazare qui voit passer 500 000 voyageurs par jour. La SNCF est en train de tester différents portiques. L'objectif ? Permettre de gérer rapidement les flux de voyageurs.  Parallèlement, la SNCF va déployer 400 nouvelles bornes de validation dans les gares.

Des taux de recouvrement augmentés
 
Enfin, la lutte contre la fraude passe également par une collaboration plus étroite avec les services de l'État. Le
Comité national de la sécurité dans les transports en commun (CNSTC) d'octobre 2015 a acté que le délit de fraude d'habitude sera constitué à partir de cinq contraventions sur un an contre dix auparavant. Le CNSTC instaure aussi un "droit de communication" entre les exploitants et les administrations publiques (finances et organismes sociaux) afin de fiabiliser les adresses des contrevenants et donc de permettre aux opérateurs d'améliorer le taux de recouvrement des indemnités forfaitaires.
 
Néanmoins, la SNCF aimerait que les usagers soient contraints d'avoir une carte d'identité sur eux, ce qui simplifierait le recouvrement des amendes...

Florence Guernalec


 
L'innovation au service de la lutte anti-fraude
 
Transilien travaille sur des projets innovants incitant les voyageurs à la validation. Par exemple, le prototype d’une borne destinée à mesurer l’impact d’incitations non contraignantes sur les comportements de validation, est installée Gare de Lyon.
 
Lorsque le voyageur est à proximité de la borne, une goutte d’eau grise grossit au fur et à mesure qu’il s’en approche, et quand il valide son titre de transport, la goutte d’eau passe au bleu et tombe, pour arroser un arbre, une feuille pousse, l’arbre grandit... Cette borne interactive doit permettre de recréer le réflexe de validation.

Toutes les 50 validations sur la borne, un arbre sera planté dans une forêt des Yvelines grâce à un partenariat avec Reforest’Action (Une façon de rappeler que les émissions de CO2 d’un trajet en train en zone urbaine sont 20 fois moins importantes que celles d’un trajet en voiture).
 
Transilien teste également des capteurs innovants dans plusieurs gares qui permettent d’estimer le nombre de voyageurs présents sur les quais et de mieux estimer ainsi la fraude.