"Face au harcèlement, n'attendons pas pour réagir". Tel est le slogan choisi pour la première campagne nationale de sensibilisation contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports.  "Un phénomène trop longtemps banalisé", a déclaré Pascale Boistard, secrétaire d'État chargée des Droits des femmes lors de la conférence de presse.
 
Une campagne pour deux objectifs : marquer le refus de comportements inacceptables, et donner à chacun – victimes comme témoins ‑ des clés d'actions et de réactions face à ces situations. Une campagne qui fait partie des 12 propositions issues du Plan national de lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun présenté le 9 juillet 2015 et élaboré notamment avec les transporteurs SNCF, RATP et UTP (Union des transports publics et ferroviaires).

Les mots crus des agresseurs
 
Cette opération va, ainsi, se décliner sous la forme d'affiches 4X3 et de panneaux numériques à partir du 9 novembre sur les réseaux de métro de Paris, Marseille, Lyon, Lille, Toulouse. Ce sont au total, 7000 espaces qui seront mis à disposition par les opérateurs à Paris et en province (1) et par JCDecaux (4000). Le message, qui reprend les mots crus des agresseurs, sera aussi diffusé sous forme d'un clip vidéo de 20 secondes diffusé en format publicitaire sur les sites YouTube et DailyMotion (voir en fin d'article).  

Des conseils pour faire face
 
Parallèlement, le secrétariat d'État aux Droits des femmes propose des outils pédagogiques et interactifs pour permettre aux victimes, aux témoins, aux usagers mais aussi aux agents de sécurité et aux professeurs de mieux faire face au harcèlement sexiste et de mieux connaître la loi. Les documents sont téléchargeables sur le site web et vont notamment permettre au ministère de travailler avec l'Education nationale.

Déploiement des marches exploratoires
 
Depuis l'annonce du plan national de lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports, plusieurs propositions sont en cours de déploiement. Le secrétaire d'État aux Transports, Alain Vidalies, a ainsi annoncé que le gouvernement allait prochainement envoyer une circulaire aux préfets pour mettre en place des marches exploratoires partout en France. Ces "marches participatives" d'usagères consistent en des visites de terrain qui permettent d'identifier les aménagements à faire pour sécuriser les femmes (éclairage, présence humaine, vidéprotection, rames d'un seul tenant...).

La PDG de la RATP, Elisabeth Borne a indiqué que quatre marches avaient déjà eu lieu dans le RER, le métro, le tramway et le bus. De son côté, le secrétaire général de la SNCF, Stéphane Volant a informé que 28 maires d'Île-de-France avaient accepté d'amender les contrats des conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) dont fait partie la SNCF pour y inclure des marches exploratoires.

Des arrêts à la demande expérimentés
 
S'agissant des arrêts à la demande qui peuvent être mis en place la nuit sur certaines lignes de transport en commun, Alain Vidalies a rappelé que la Semitan à Nantes allait mener une expérimentation de six mois de novembre 2015 à avril 2016 et que Tours était en train d'en étudier sa faisabilité sur son réseau de transport.
 
Le secrétaire d'État aux Transports a également rappelé que lors du dernier Comité national de sécurité dans les transports en commun du 19 octobre 2015, il avait été décidé que la dispense du port de la tenue pour les agents internes des services de sécurité de la RATP (GPSR) et de la SNCF (Suge) serait élargie pour que ceux-ci puissent plus efficacement lutter contre les incivilités.
 
Un numéro et un SMS d'urgence

Comme annoncé dans le plan national, la SNCF a mis en place un service d'alerte téléphonique (3117) et va également le rendre disponible par SMS (31177) à partir du 7 décembre. Keolis, filiale de la SNCF, rejoint le service. Elisabeth Borne a confirmé que la RATP s'associe à cette démarche. Elle a également indiqué que la formation des agents comportera désormais un module de sensibilisation à ces questions.

Un sujet qui n'est plus tabou
 
Elisabeth Borne a aussi annoncé que la RATP déployait une campagne d'information spécifique "Face au harcèlement, ouvrons nos voix" afin de rappeler les systèmes d'alertes existants et les moyens mis en œuvre par l'opérateur pour garantir la sécurité de tous : une présence humaine avec 5200 agents en station et dans les gares ; 368 gares et stations équipées de bornes d'appel, 37500 caméras de vidéo-protection.
 
"L'objectif est de rassurer et protéger les victimes, et de dissuader les agresseurs", a conclu Alain Vidalies qui estime qu'avec cette campagne, le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports ne sont plus des sujets tabous et qu'il n'y aura plus de sentiment d'impunité : "Il ne reste plus que le délit".

Florence Guernalec


 
 
[1] La liste des villes partenaires de l'opération : Agglomération de Grenoble, Mulhouse, Métropole de Rouen Normandie, Le Havre, Toulouse, Brest, Lille, Tours, Amiens, Clermont-Ferrand, Besançon, Nantes, agglomération de Saint-Etienne.